English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > 3ème chapitre : Révolutions bourgeoises et populaires > Les écrits, journaux et discours du révolutionnaire Marat

Les écrits, journaux et discours du révolutionnaire Marat

lundi 5 février 2018, par Robert Paris

Jean-Paul Marat, dans « L’ami du peuple » du 10 novembre 1789 :

« Les citoyens timides, les hommes qui aiment leur repos, les heureux des siècles, les sangsues de l’Etat et tous les fripons qui vivent des abus publics ne redoutent rien tant que les émeutes populaires : elles tendent à détruire leur bonheur en amenant un nouvel ordre des choses. »

Marat :

« Rien de superflu ne saurait appartenir légitimement, tandis que d’autres manquent du nécessaire. »

Daniel Guérin :

« Dans un article écrit à la fin de sa vie, Engels devait rappeler que pour Marx comme pour lui-même, la révolution allemande de 1848 avait été, non la conclusion, mais le point de départ « d’un long mouvement révolutionnaire dans lequel, comme dans la grande Révolution française, le peuple, par ses propres luttes, a atteint un stade supérieur de son développement et où les parties se sont divisées de plus en plus nettement jusqu’à coïncider entièrement avec les grandes classes, bourgeoisie, petite bourgeoisie et prolétariat, et dans lequel diverses positions ont été conquises l’une après l’autre par le prolétariat dans une série de journées de lutte ». Et Engels ajoutait : « Lorsque, plus tard, je lus le livre de Rougeart sur Marat, je constatai qu’à plus d’un égard nous n’avions fait qu’imiter inconsciemment le grand modèle authentique de l’Ami du Peuple… et que celui-ci, comme nous, refusait de considérer la Révolution comme terminée, voulant qu’elle soit déclarée permanente. » source

Seuls de véritables révolutionnaires peuvent soutenir Marat ! Jugez-en : la plupart de ceux qui ont prétendu défendre la révolution sont des ennemis jurés et violents de Marat !

Jean Jaurès dans son « Histoire socialiste » estime que Marat n’a pas d’idées politiques claires (bien sûr puisque tout son soutien va à Robespierre, pourtant très loin du socialisme et des travailleurs) !!!) :

Quant aux ouvriers, Marat essaie en vain durant toute l’année 1791 de leur donner une conscience de classe politique et sociale un peu aiguë. Il n’y réussit point, et se désespère. Un grand travail s’accomplit pourtant dans le prolétariat, et les questions les plus graves, celles qui seront entre la bourgeoisie et la classe ouvrière un champ terriblement foulé, commencent à apparaître. Au fond, Marat concevait surtout le prolétariat comme une puissance politique, comme une force nécessaire à la Révolution. Il la voyait menacée de toute part. Il pensait fortement que le roi la trahissait. Il savait que la bourgeoisie, redoutant de nouvelles agitations était toute portée à croire à la loyauté du roi : et il n’avait confiance qu’aux prolétaires. A vrai dire, ce n’est pas en vue d’une Révolution nouvelle, d’une Révolution de propriété qu’il les animait. Il les excitait surtout à la défense de la Révolution, convaincu d’ailleurs que, sous une forme ou sous une autre, ils sauraient tirer avantage de la Révolution sauvée par eux et par eux seuls.

C’est en ce sens, qu’il fait appel aux ouvriers, aux pauvres. Il aurait voulu qu’ils formassent une fédération populaire, au lieu de se laisser absorber au 14 juillet 1790 dans la fédération des gardes nationales bourgeoises. Il écrit dans son numéro du 10 avril 1791 : « Au lieu de la fédération que je vous avais proposée, entre les seuls amis de la liberté, pour vous prêter mutuellement secours, fondre sur les ennemis de la Révolution, supplicier les conspirateurs, punir les fonctionnaires rebelles qui prévariquent et accabler vos oppresseurs, vous avez souffert tranquillement que vos délégués vous donnassent le change et dénaturassent cette association fraternelle en viciant son principe, et la fissent tourner contre vous en la changeant en une association militaire dans laquelle ils faisaient entrer les légions nombreuses de vos ennemis. » Ainsi, à l’heure même où les citoyens parlaient de fédération universelle et de fusion, Marat veut que le peuple forme un camp séparé, comme une nation distincte…

Le 8 mai 1791, il donne à sa pensée une formule très nette : « Faudra-t-il donc le répéter sans cesse : N’attendez rien des bonnes dispositions des fonctionnaires publics (élus par les citoyens actifs) : ils seront toujours des agents du despotisme, d’autant plus dangereux qu’ils sont en grand nombre : N’attendez rien non plus des hommes riches et opulents, des hommes élevés dans la mollesse et les plaisirs, des hommes cupides qui n’aiment que l’or : ce n’est pas avec de vieux esclaves qu’on fait les citoyens libres. Il n’y a donc que les cultivateurs, les petits marchands, les artisans et les ouvriers, les manœuvres et les prolétaires, comme les appelle la richesse insolente, qui pourront former un peuple libre, impatient du joug de l’oppression et toujours prêt à le rompre. Mais ce peuple n’est pas instruit, rien n’est même plus difficile que de l’instruire : la chose est même impossible aujourd’hui que mille plumes scélérates ne travaillent qu’à l’égarer pour le remettre aux fers ».

Ainsi Marat rêve d’opposer au parlement, aux aristocrates qui combattent la Révolution, ou aux riches bourgeois qui selon lui, la compromettent et la trahissent, une classe populaire formée du prolétariat et de la petite bourgeoisie. Ou même il semble concevoir un peuple qui ne comprendrait que ces éléments. Comme au point de vue social, ces idées sont confuses ! Car si Marat élimine les chefs des grandes manufactures, les grands marchands et les chefs du crédit, par qui leurs fonctions économiques seront-elles exercées ? Communiste, Marat aurait répondu qu’elles le seraient par la communauté. Mais Marat n’était point communiste : il n’avait même du communisme aucune idée. Veut-il rétrograder jusqu’à la production parcellaire, jusqu’à la petite industrie, et à l’échange borné et local ? C’est sa tendance : mais il n’ose le dire nettement. Ainsi il n’a pas de terrain économique solide, de conception ferme à offrir au peuple qu’il convoque. C’est seulement à une œuvre politique qu’il le convie : et le contraste est curieux entre l’acuité de l’instinct de classe de Marat et l’impuissance où il se débat. Comme Babœuf, ainsi mesuré sur Marat, apparaîtra génial et grand ! Il y a là pourtant un premier rudiment de conscience prolétarienne.

D’ailleurs, Marat reconnaît que c’est à défaut de la bourgeoisie aisée, plus naturellement destinée à ce rôle, que la classe populaire est appelée par lui à sauver la Révolution. Il écrit le 25 août 1791 :

« La robe, la mitre et la finance, auraient dû sentir que l’opinion publique étant soulevée contre elles et leur destruction entrant dans les vues du gouvernement, elles n’avaient rien de mieux à faire que de se décider pour le peuple contre la cour ; mais au lieu de prendre ce parti, dont la sagesse et leurs propres intérêts leur faisaient une loi impérieuse, elles n’ont écouté que la voix du ressentiment, de l’ambition, de la cupidité, et elles se trouvent maintenant enveloppées dans la disgrâce commune ; car quelque tournure que prennent les affaire, publiques, si la faction monarchique a le dessus, jamais les parlements, les prélats et les financiers ne reviendront sur l’eau, au lieu qu’ils auraient été à la tête du nouveau gouvernement, si la cause de la liberté avait triomphé et s’ils l’eussent épousée de bonne foi ».

Ainsi, en ses flottantes pensées, Marat, bien loin de concevoir l’avènement de la classe populaire comme l’effet naturel de la Révolution, constate au contraire qu’il ne tenait qu’à la bourgeoisie de robe et de finance, assistée d’un clergé sincèrement constitutionnel, de prendre la direction de la société révolutionnaire. On dirait qu’il n’appelle les prolétaires à la rescousse que par désespoir de voir le plan normal de la Révolution troublé par l’imbécillité de la bourgeoisie modérée plus encore que par son égoïsme.

Il a pourtant le sentiment très réel qu’en appelant ainsi les prolétaires à jouer dans la lutte contre la Cour le rôle déserté, selon lui, par la bourgeoisie, il doit offrir à la classe populaire des avantages immédiats : et il y a dans l’esprit de Marat, un effort de politique sociale. Mais combien sont vaines et parfois réactionnaires, les conceptions de Marat ! Non sans intérêt pourtant : car elles sont un premier essai impuissant et confus de politique ouvrière.

Marat, dans le cours de l’année 1791, propose au profit des travailleurs quatre réformes principales :

1° Une réorganisation de l’apprentissage et un système de subvention aux ouvriers les plus intelligents pour qu’ils puissent devenir maîtres.

2° Le licenciement des ateliers publics et leur remplacement par de vastes entreprises privées occupant les ouvriers dans des conditions plus normales ;

3° La formation de coopératives ouvrières de production avec tontine ;

4° La réunion des parcelles rurales en corps d’exploitation homogène, et en même temps la division des grands fermages en petits fermages.

Quand l’Assemblée, en mars 1791, abolit les jurandes et les maîtrises et proclama la liberté absolue du travail sous la réserve de l’impôt des patentes, Marat ne vit pas que la suppression complète du régime corporatif déjà bien entamé allait donner un essor nouveau à la production capitaliste et bourgeoise, et à la grande manufacture. Il ne vit pas qu’il y avait là dans l’ordre économique une période nécessaire et il s’efforça, dans un esprit assez rétrograde, de retenir du régime corporatif tout ce qui pouvait encore en être sauvé.

Il écrit le 16 mai : « Lorsque chaque ouvrier peut travailler pour son compte, il cesse de vouloir travailler pour le compte des autres ; dès lors plus d’ateliers, plus de manufactures, plus de commerce. »

« Le premier effet de ces décrets insensés est d’appauvrir l’État, en faisant tomber les manufactures et le commerce ; le second effet est de ruiner les consommateurs en dépenses éternelles et de perdre les arts eux-mêmes. Dans chaque état qui n’a pas la gloire pour mobile, si, du désir de faire fortune on ôte le désir d’établir sa réputation, adieu la bonne foi ; bientôt toute profession, tout trafic dégénère en intrigue et en friponnerie. Comme il ne s’agit plus alors que de placer ses ouvrages et ses marchandises, il suffit de leur donner certain coup d’œil attrayant et de les tenir à bas prix, sans s’occuper du solide et du bien fait ; tous les ouvrages de l’art doivent donc promptement dégénérer en savetage. Et comme ils n’ont alors ni mérite, ni solidité, ils doivent ruiner le pauvre consommateur forcé de s’en servir, et déterminer le consommateur à son aise de se pourvoir chez l’étranger. Suivez le développement illimité de l’envie de gagner qui tourmente toutes les classes du peuple dans les grandes villes, et vous serez convaincu de ces tristes vérités. »

« Une fois que chacun pourra s’établir pour son compte sans être assujetti à faire preuve de capacité, dès ce moment plus d’apprentissage suivi. A peine un apprenti saura-t-il croquer quelque ouvrage qu’il cherchera à faire valoir son industrie, et ne songera plus qu’à s’établir ou à valeter pour trouver des pratiques et des chalands. »

« Comme il ne sera point question de faire d’excellents ouvrages pour établir sa réputation et sa fortune, mais de séduire par l’apparence, les ouvrages seront tous courus et fouettés. Décrié dans un quartier, l’ouvrier ira dans un autre ; et souvent finira-il sa carrière avant d’avoir parcouru tous ceux d’une grande ville sans avoir fait que duper les acheteurs et se tromper lui-même. C’est dans les capitales surtout que ce dépérissement des arts utiles, cet anéantissement de la bonne foi, cette vie vagabonde et intrigante des ouvriers, l’indigence attachée à toutes les professions, et la misère publique qu’entraîne la ruine du commerce se feront surtout sentir. Je ne sais si je m’abuse, mais je ne serais pas étonné que dans vingt ans on ne trouvât pas un seul ouvrier à Paris qui sût faire un chapeau ou une paire de souliers. »

« La chute des arts sera d’autant plus prompte que chacun aura la liberté de cumuler les métiers et les professions. Et qu’on ne dise pas que l’émulation, compagne de la liberté, les fera fleurir ; l’expérience n’a que trop prouvé le contraire. Voyez les quartiers francs de Paris : les ouvriers qui ne cherchaient qu’à attirer les pratiques par le bon marché ne faisaient pas un ouvrage fini. Que sera-ce lorsque ce système sera celui de tous les ouvriers, que les maîtres ne pourront plus soutenir la concurrence et que l’émulation de bien faire n’aura plus d’aliment ? »

« Il n’y a que les beaux arts et les arts de luxe qui doivent avoir carte-blanche, parce que tout le monde pouvant se passer de leurs productions, le plaisir qu’elles causent peut seul engager à se les procurer… A l’égard des arts utiles et de première nécessité, l’artisan doit être assujetti à faire preuve de capacité parce que personne ne pouvant se passer de leurs productions bonnes ou mauvaises, l’ordre de la société exige que le législateur prenne des mesures pour prévenir la fraude, la dépravation des mœurs et les malheurs qui en sont toujours la suite… »

« Au lieu de tout bouleverser, comme l’a fait l’ignare comité de constitution, il fallait consulter des hommes instruits sur les choses qui ne sont pas à sa portée, pour s’attacher uniquement à corriger les abus. »

« Or il suffit d’abolir toute juridiction des jurandes, toute charge de maîtrise, et tout droit de saisie, en laissant à chaque maître avoué celui de dénoncer aux tribunaux les ouvriers en contravention. Pour faire fleurir les arts, il fallait assujettir les élèves à un apprentissage rigoureux de six à sept ans. Pour ne pas retenir toute la vie dans l’indigence les ouvriers, il fallait mettre un prix honnête à leur travail et les forcer à une bonne conduite, en donnant au bout de trois ans les moyens de s’établir pour son compte à tous ceux qui se seraient distingués par leur habileté et leur sagesse : avec la simple réserve que celui qui ne prendrait pas femme la première année de sa maîtrise, serait tenu au bout de dix ans de remettre à la caisse publique les avances qu’elle lui aurait faites. »

« Récompenser les talents et la conduite, est le seul moyen de faire fleurir la société. C’est le vœu de la nature que les ignorants soient guidés par les hommes instruits, et les hommes sans mœurs par les honnêtes gens, les ouvriers sans talents et sans conduite ne devraient donc jamais devenir maîtres. On ne remédie pas au défaut d’aptitude : mais on se corrige des incartades ; or, il est dans la règle que des écarts de conduite soient punis : il suffira pour leur punition que chaque rechute retarde de six mois l’avance gratuite des moyens d’établissement. »

Quel étrange amalgame d’idées et où la tendance réactionnaire domine ! D’une part Marat se préoccupe des ouvriers parce qu’il veut leur assurer à tous un minimum de salaire, ce qu’il appelle le salaire honnête, et qu’il veut, au moyen des ressources de l’État, permettre de s’établir à leur compte à tous ceux qui auront fait preuve d’habileté et de moralité.

D’autre part, il les met en tutelle, ne leur permet pas de s’établir quand ils veulent et les soumet à une sorte de censure morale qui va presque jusqu’à l’institution du mariage obligatoire. Mais surtout quelle prodigieuse méconnaissance du mouvement économique qui s’accélérait depuis un demi-siècle ! Certes, Marat entrevoit les conséquences fâcheuses de la concurrence illimitée : et il les exagère singulièrement : car il est faux que le nouveau système de production ait aboli l’habileté technique des ouvriers : il l’a simplement transformée : et Marat ne paraît pas soupçonner d’ailleurs la révolution de bien-être qu’amènera la production intense d’objets à bon marché. Mais il commet la méprise la plus extraordinaire quand il s’imagine que l’abolition des jurandes et des maîtrises va supprimer les manufactures. Il croit qu’il suffira aux ouvriers, pour s’établir à leur compte, d’en avoir le droit.

Il ne soupçonne pas, ce que pourtant Adam Smith avait déjà démontré, ce que démontrait d’ailleurs tous les jours le système grandissant des manufactures, que la division du travail dans les grands ateliers était une condition du bon marché ; et que dès lors la recherche du bon marché serait favorable à la grande industrie. Concevoir l’abolition des entraves corporatives qui allait donner un grand élan au capitalisme industriel comme le morcellement indéfini de l’industrie et comme la suppression du salariat est un des contre-sens historiques les plus décidés. Et jamais « le prophète » ne fut plus cruellement en défaut. Mais comment la politique ouvrière et prolétarienne de Marat aurait-elle pu avoir consistance, puisque lui-même ne pressentait pas l’extension prochaine du prolétariat ?

Bien loin de prévoir que le régime de la concurrence illimitée transformera beaucoup de petits patrons, de petits producteurs indépendants en prolétaires, il s’imagine (et avec terreur) que tous les prolétaires vont être transformés en maîtres, en patrons.

Marat aimait peu les ateliers publics où la municipalité employait les ouvriers sans ouvrage. Comme il détestait la municipalité, qui nommait les chefs et surveillants de travaux, tout le système lui était suspect. De plus il prétendait que les ouvriers ainsi embrigadés, recrutés dans toutes les régions de la France, sans lien entre eux et sans esprit public, étaient des instruments aux mains des intrigants de la Cour. Il croit même avoir découvert le 7 avril 1791 un grand complot du Club monarchique qui aurait eu pour agents d’exécution les ouvriers des ateliers publics. « Leur dernière trame qui vient d’être dévoilée, consistait à animer le peuple contre le peuple et à faire égorger les amis de la liberté par les mains mêmes des pauvres qu’ils nourrissent. Cet horrible complot avait été préparé à loisir.

« Depuis longtemps, les ministres et leurs agents dans les provinces avaient attiré dans la capitale une foule d’indigents, le rebut de l’armée et l’écume de toutes les villes du royaume. Bailly en avait rempli les ateliers dont il avait repoussé les citoyens que la révolution avait réduits à la misère, et qu’elle laissait sans pain : il avait donné l’administration de ces ateliers à des municipaux, comme lui vendus à la Cour, et la direction des travaux à des agents de l’ancienne police, chargés de gagner tous les ouvriers et de renvoyer ceux sur lesquels on ne pouvait compter.

« Une foule de mouchards, répandus parmi eux, ne tarissaient pas sur les éloges du roi, de la reine, de Bailly, de Mottié (Lafayette) et des principaux conspirateurs ; ils présentaient tout ami de la liberté comme un rebelle, et notaient ceux qui ne se laissaient pas égarer. Pour mieux les endoctriner, une multitude de gardes du corps n’avaient pas rougi de se mettre à la tête des ateliers et des bandes d’ouvriers en qualité de piqueurs ; tandis qu’une foule d’autres gens sans cesse à la découverte des hommes adroits et déterminés les attiraient dans le complot et leur remettaient de grosses sommes pour faire de nouvelles recrues. »

Cette mauvaise humeur de Marat contre les ateliers publics de Paris témoigne qu’à ce moment sa campagne violente contre l’Assemblée nationale qu’il accusait de pactiser avec la Cour ne portait pas. La classe ouvrière, troublée parfois par la peur des complots contre-révolutionnaires que Marat signalait sans cesse, émue aussi des cris de pitié sincère que lui arrachait sa misère, était bien loin encore de le suivre. Elle marchait visiblement avec les autorités constitutionnelles et Marat exaspéré brutalisait les ouvriers, les accusait d’être, ou les dupes, ou les agents de la contre révolution.

Cet article du 7 avril causa parmi les ouvriers des ateliers un émoi assez vif : cet émoi se traduit dans une lettre (peut-être rédigée en partie par Marat lui-même) et publiée le 10 avril. « A l’ami du peuple….. Avec quelle injustice vous venez de parler des infortunés condamnés par la chute du commerce et des arts, à travailler dans les ateliers de secours ! Non, la plupart ne sont pas des scélérats, ce sont de bons, d’honnêtes citoyens. Leur indigence est le crime de la fortune, non le leur, c’est la suite du malheur des temps, des folies du gouvernement, des dilapidations de la cour, des malversations des agents du fisc et plus que tout cela, celui de la corruption et de la vénalité des pères conscrits (les députés) qui ont borné leurs soins paternels à s’emparer du bien des pauvres pour payer de faux créanciers de l’État… Dans votre numéro 422, imprimé sans doute trop rapidement, comme toute production que l’on n’a pas eu le temps de revoir à tête reposée, vous paraissez oublier que vous êtes l’ami, l’avocat, le défenseur, le bien aimé du peuple… Je ne vous dirai pas que les malheureux ont droit à l’indulgence, mais je vous observerai que vous auriez dû rendre plus de justice à une classe d’hommes dont l’infortune a montré l’âme toute nue et qui peuvent s’honorer de leur abaissement puisque la misère ne les a pas entraînés un instant en dehors du sentier si étroit de la vertu… Le gros des ouvriers est honnête, très honnête, en dépit de tous les honteux ressorts que les perfides agents de la municipalité ou plutôt du Cabinet des Tuileries ont fait jouer pour les corrompre.

« Les plus éclairés des travailleurs exercèrent d’abord dans cette petite république les fonctions de juges de paix ; ils réprimaient ceux qui tombaient en faute, et chassaient irrémissiblement les coquins et les mauvais patriotes. Cette justice salutaire déplut aux chefs, et la crainte de perdre le chétif morceau de pain qu’ils trouvaient dans cet asile força ces magistrats populaires à renoncer à leurs fonctions. Oui, certainement il y a dans les ateliers de secours, des traîtres et des conspirateurs vendus aux ennemis de la patrie mais ce sont les mouchards et les brigands qu’y a placés Bailly, ce sont les administrateurs et les municipaux qui font de beaux règlements pour renvoyer les bons citoyens en faveur de qui ces ateliers sont établis, et pour les remplacer par des ex-gardes du corps, des ex-gentilshommes, des ex-avocats, des ex-voleurs, en un mot par des espions et des coupe-jarrets soudoyés. Voilà notre ami, quels sont les êtres infâmes que l’administration place au mépris des décrets, au mépris de ses propres règlements, pour capter, séduire et corrompre les bons citoyens ».

« Plusieurs comités de sections propagent l’esprit de sédition en enlevant aux Français la seule ressource qui leur soit laissée dans leur désespoir, pour la faire partager à des étrangers. »

« Voici les noms de quelques mouchards gorgés d’or et comblés d’égards, de caresses, d’honneurs par l’administration, sans doute dans l’espoir qu’ils réussiront enfin à consommer leurs éternels complots. Le contrôleur des travaux publics de Montmartre, chevalier de Saint-Louis et ancien mouchard de robe courte ; les nommés de Jaittan, le Roi, Viel, Desjardin, Thomas, Tintrelin, Valière, Imbrant, mouchards en chef, sous le nom de vérificateurs, ayant 1,800 livres d’appointements, sans parler de gratification pour noter et renvoyer les ouvriers patriotes et les remplacer par des brigands. Ce titre de vérificateur n’est qu’un mot, comme vous le concevez bien, pour colorer les odieuses fonctions de ces coquins et sucer le sang des malheureux, car les commissaires de sections font gratuitement l’office de vérificateurs. »

« Je vous ferai passer sous quelques jours la liste des mouchards, piqueurs et chefs d’ateliers, tous à la dévotion de l’administration traîtresse. »

Et Marat, à demi vexé, à demi flatté, répondait : « Si vous aviez pris la peine de lire ma feuille avec attention, vous auriez vu que les épithètes dont vous vous plaignez ne tombent que sur les mouchards, coupe-jarrets et brigands que Mottié a fait venir de province à Paris, et que Bailly a placés dans les ateliers au préjudice des citoyens honnêtes. Comment avez-vous pu imaginer que j’insultais ces infortunés, moi qui me suis fait anathème en prenant leur défense et en plaidant leur cause ? Je n’ai jamais pensé que les ouvriers qui sont aux ateliers de secours eussent tous été gagnés, mais j’ai déploré qu’il y eût parmi eux tant de coquins soudoyés par l’administration traîtresse pour égorger les patriotes quand le moment sera venu. C’est précisément ce que vous dîtes vous-même. Nous voilà donc d’accord. Permettez que je vous prie de détromper vos camarades qui auraient pris le change comme vous, en lisant ma feuille et que je vous demande la liste de tous les espions qui sont à la tête des ateliers »…

A travers tout ce manège de brouilles et de raccommodements, il est évident que la grande majorité des ouvriers des ateliers résistait, à cette date, aux impulsions de Marat. Il est évident aussi que Marat espérait les entraîner en les animant contre les surveillants, contre les chefs. Mais ce n’est pas contre la bourgeoisie comme classe, ce n’est pas contre la propriété bourgeoise que Marat voudrait les enrôler : c’est seulement contre la Cour et contre l’administration municipale qu’il hait et qu’il accuse de trahison. Essai timide et nécessairement contradictoire encore de la politique des classes.

Mais il y a toujours des faiseurs d’affaires pour exploiter toutes les passions, toutes les idées des partis. Il y en avait beaucoup à Paris, à ce moment ; le bouleversement du vieux système féodal, l’énorme expropriation de la propriété cléricale urbaine, donnaient un grand essor aux esprits aventureux, aux chercheurs de fortune. Plusieurs se dirent que Marat, puisqu’il haïssait à ce point la municipalité parisienne, puisqu’il redoutait à ce point les ateliers de secours sur lesquels elle avait la haute main, serait favorable à de grandes entreprises privées qui pourraient occuper les ouvriers et les soustraire à l’action municipale. Les voilà donc qui tentent de prendre Marat pour parrain et protecteur de leurs projets : et Marat que sa haine contre Bailly et les Académiciens de l’Hôtel de Ville rendait candide, tombe tout bonnement dans le panneau. Il insère complaisamment dans son numéro du 27 mai 1791 une longue lettre d’un capitaliste subtil : « A l’ami du peuple. — Soyez convaincu, notre cher ami, que presque tous les ouvriers occupés aux travaux publics, sont aussi patriotes que leurs chefs sont aristocrates. Ceux-ci, je vous les donne tous pour de fieffés coquins qui volent impunément sous les yeux du public. Dans le nombre est un nommé Mulard, ivrogne de profession, jadis fripier, porte Saint-Antoine, naguère banqueroutier, aujourd’hui satellite en habit bleu, mouchard, coupe-jarret du sieur Mottié, et chef des travaux publics. »

Et quand Marat est ainsi bien amorcé par cette attaque en règle contre un agent de la municipalité, quand l’amorce est bien enfoncée par toute une série d’accusation directe contre une dizaine « de mouchards », le madré lanceur d’affaires passe à Marat un prospectus philanthropique et capitaliste en faveur du canal de Paris, projeté par le sieur Brûlé. Et l’ami du peuple, décidément conquis, ajoute : « Je terminerai ces observations sur les malversations de nos municipaux par de sages réflexions de M. Bacon, électeur au département de Paris : « N’est-ce pas une chose affligeante que dans un siècle de lumières et dans la capitale des Français, il y ait tant de malheurs d’un côté et tant de ressources de l’autre sans qu’il se soit trouvé une main assez adroite dans sa bienfaisance pour mettre le travail à côté des besoins, et pour écarter les malheurs en rapprochant les ressources ! Que dira-t-on même en voyant que les ateliers et les travaux de secours sont organisés de manière à corrompre et les ouvriers et ceux qui les inspectent, et qu’il ne doit pas rester pour le public le moindre monument de ces travaux ! Dans ces institutions secourables l’on a agi comme s’il ne fallait que distraire la misère et le brigandage, sans songer à tirer le moindre fruit de tant de bras. On croit avoir assez fait, si tant d’hommes veulent bien passer leur temps à remuer infructueusement de la terre et des bancs ; on croirait même que le tonneau des Danaïdes serait aujourd’hui d’un merveilleux secours, car on ne désire pas que les ouvriers soient utiles, mais seulement qu’ils ne soient pas nuisibles. »

La préparation est savante, comme on voit et il n’y manque même pas un souvenir des fables antiques. Attention ! voici l’entrée en scène du capitaliste : « Cependant, à côté de cette politique embarrassée, qui absorbe et consume des sommes énormes et qui emploie si infructueusement tant d’ouvriers qui reçoivent leur salaire sans profit pour le présent et pour l’avenir, un citoyen se présente et dit : Les 25 ou 30 mille livres que vous distribuez par jour dans vos ateliers de charité, accordez-m’en la moitié, et chargez-moi de tous vos ouvriers indigents ; non seulement j’empêcherai l’avidité des inspecteurs, et la paresse des mercenaires de se coaliser pour tromper vos intentions, mais je dirigerai tous ces bras vers un objet d’utilité publique ; et il vous restera un monument éternel, qui, dans le temps de sa confection, occupera nos pauvres, et qui, dans les siècles à venir, accroîtra notre puissance. Voilà en effet le but et les avantages incontestables du canal de Paris, tracé par M. Bridé, et confirmé par un décret de l’assemblée nationale. La Compagnie qui s’est formée admet et le gouvernement et tous les actionnaires, dans son sein, par les actions qu’elle propose. »

« Je pense que la ville ne peut (c’est toujours Bacon cité par Marat) sans pêcher contre nous et nos enfants, se dispenser de placer au moins douze à quinze mille livres par jour en actions sur le canal et de hâter ainsi cette grande et utile entreprise. Il en résultera que ces dépenses tourneront à l’avantage de la chose publique et que la ville devenue propriétaire d’une grande quantité d’actions, participera aux avantages attachés à l’existence du canal ; en faisant le bien elle ne prodiguera plus ses secours, mais elle les placera à gros intérêts. Par là, Paris aura comme tous les actionnaires, la surveillance sur sa confection, et sur remploi des deniers, lesquels rentreront en peu d’années dans les coffres publics. »

« On sait aussi que le canal et tous les avantages commerciaux qui en résulteront doivent se trouver au bout de 50 ans, quittes et libres de toutes actions et former un des plus beaux domaines du peuple français. Tous les départements s’empresseront sans doute de suivre l’exemple donné par la capitale, pour toutes les entreprises de cette nature que leur localité exigera. Ainsi la mise de fonds appartenant a la nation inspirera au public la plus haute confiance ».

« Pour n’avoir aucun doute sur les mœurs des ouvriers qu’on occupera, chaque section qui connaîtra ses ouvriers, les enverra avec des billets aux travaux du canal, et là il se trouvera une administration composée d’inspecteurs, intéressés à ne pas se laisser frauder par la paresse et qui sauront bien mettre à profit les effets de la bienfaisance publique. Si on craignait que tant de pauvres se trouvant astreints à un régime sévère et ne pouvant plus compter sur la mollesse ou la connivence des chefs, ne vinssent à causer des troubles, on prendra les précautions convenables pour inspecter et contenir ces nombreux essaims d’ouvriers. Ainsi on aurait à la fois et les effets de l’ordre et les fruits de la bienfaisance, et l’éloignement de la misère et l’emploi du temps et l’espoir d’une richesse certaine ; on ne trouve rien de tout cela dans l’administration actuelle des ateliers de secours ; j’en appelle à tous les bons citoyens ».

Le prospectus est éblouissant, et le candide Marat ajoute aussitôt quelques phrases approbatives. En vérité, la combinaison était ingénieuse et le grand entrepreneur qui l’avait conçue, révèle déjà le génie spécial de ceux qui plus tard négocieront avec l’État les contrats pour la construction et l’exploitation des chemins de fer. Il était assuré de placer toutes ses actions d’emblée, et à un très bon prix, d’abord parce que la ville de Paris en aurait absorbé quinze mille livres par jour et en aurait ainsi élevé le cours, ensuite, parce que cette sorte de certificat financier donné par la Ville à l’entreprise aurait comme le dit le programme, donné la plus haute confiance au public.

En second lieu, l’entrepreneur avait du coup, à sa disposition, une main-d’œuvre considérable : et il l’obtenait au rabais, avec les salaires inférieurs qui étaient payés sur les chantiers de secours : notez qu’il n’y a pas un mot dans la combinaison proposée qui indique le relèvement des salaires d’aumône au taux des salaires du travail. Ainsi par l’intermédiaire de la Ville de Paris et sous couvert de continuer l’œuvre d’assistance par le travail, le merveilleux capitaliste avait en abondance de la main-d’œuvre à vil prix. Et sous couleur de maintenir l’ordre, de ne pas gaspiller les fonds de la Ville, et stériliser la bienfaisance publique, il allait exercer sur les ouvriers un contrôle beaucoup plus rigoureux, beaucoup plus brutal que celui qu’exerçait la Ville : et il allait faire un choix parmi les ouvriers, rejetant sous prétexte de paresse et de désordre les moins valides, les moins habiles, ceux qui fourniraient le moins de travail et de « plus-value » au délicieux philanthrope. Cette annonce même d’une discipline plus rigoureuse, plus dure, était un des moyens d’attirer le public, rassuré sur le bon emploi de ses capitaux : et au cas où quelques-uns des ouvriers, ainsi remis sans façon par la Ville à l’entrepreneur, s’aviseraient de rappeler l’ancienne discipline municipale plus complaisante ou plus relâchée, on indiquait d’avance avec l’autorité de Marat lui-même, que si les chefs d’atelier municipaux avaient été complaisants pour la paresse des ouvriers, c’était pour les gagner au grand complot du club monarchique et de la municipalité traîtresse. Ainsi, il n’était pas jusqu’aux haines et aux défiances de Marat, qui ne fussent pour ainsi dire mises en action par ce capitaliste génial : et son chef-d’œuvre est d’avoir inséré dans le journal de l’ami du peuple, sous le patronage et avec l’estampille de Marat, un des prospectus financiers les plus audacieux qu’ait vus depuis un siècle, la société bourgeoise.

Mais quelle inexpérience cela suppose chez Marat, chez les prolétaires qui commençaient à tendre l’oreille à ses propos, et dans quelles ténèbres ou tout au moins dans quelles limbes, voisines de la pleine nuit, se mouvait encore la pensée prolétarienne !

La sincérité même de Marat, son désir certain de soulager les souffrances des plus pauvres et de relever leur condition, rendent plus significatives ces pitoyables méprises. Il est vrai que sa haine contre les municipaux, aidait beaucoup à l’aveugler. Quelques jours après il était durement détrompé par un de ses correspondants et, tout ahuri, il s’empressait d’insérer dans son numéro du 3 juin, la lettre : « — A l’ami du peuple. — Ne vous en laissez pas imposer par les beaux discours, mon cher Marat ; la plupart du temps, ce ne sont que de petits intrigants qui cherchent à faire leur main-levée, tout en paraissant les apôtres de la vérité. Le but de celui qui vous a fait passer l’article sur le canal de Brulé, inséré dans votre numéro 471, pourrait bien être de faire accorder à l’entrepreneur 15 000 livres par jour pour en faire l’ouverture. Je ne veux point l’inculper : mais si vous connaissiez la clique infernale qui est à la tête de cette entreprise, vous verriez que ce serait remettre le sort des indigents dans les mains de nouveaux fripons et qu’il serait difficile d’en trouver de plus effrontés. Je ne vous dirai rien de Brulé : il est reconnu digne d’être à leur tête : cent procès qu’il a aujourd’hui avec les ingénieurs qui ont fait le nivellement, les dessins, les devis, ne prouvent que trop qu’il ne cherche qu’à faire des dupes. Après Brûlé, vient le fameux Mangouri de Rennes en Bretagne où il est connu pour ses gentillesses d’escroc : … Je lui ai entendu dire il y a trois semaines tout ce que M. Bacon s’est chargé d’écrire en faveur de Brûlé, dans l’extrait que vous en avez donné… »

Marat, assez penaud toutes les fois que son infaillibilité était mise en échec répondit en quelques mots : « Je ne connais M. Bacon que par ses écrits où il se montre homme de goût et philanthrope : au demeurant je n’ai jamais songé à recommander l’entreprise de Brûlé, dont je ne connaissais par les menées.

Si j’ai parlé de son projet, c’est uniquement pour faire ressortir le vice de l’entreprise municipale des travaux publics ».

Marat avait patronné quelques mois auparavant un projet assez curieux parce qu’il peut être considéré, par avance, comme le germe, comme la toute première idée de la coopérative ouvrière de production. Mais ici encore, quelle disproportion entre le projet recommandé et la solennité du ton de Marat ! Voici le sommaire de son numéro du lundi 28 mars 1791 :

Moyen simple et facile d’assurer la subsistance pendant plusieurs années à dix mille infortunés qui manquent de pain dans la capitale, et cela, sans prendre un sol dans le trésor public. — Avantages que l’exécution de ce projet procurerait à l’État. — Vains prétextes et manœuvres des administrateurs municipaux pour le faire échouer.

Et écoutez le début de son article : on dirait un vent de tempête révolutionnaire qui va emporter tous les riches, tous les exploiteurs du prolétariat : et tout cela aboutit à une sorte de combinaison de travail et d’assistance pour quelques milliers d’hommes : très souvent, depuis quelques années des écrivains ont pris pour un commencement de socialisme cette violence vaine des phrases. Mais écoutons Marat :

« C’est m’acquitter d’un devoir sacré et cher à mon âme que de plaider aujourd’hui la cause des indigents, de ces ouvriers qui forment la plus saine, la plus utile portion du peuple et sans lesquels la Société ne saurait subsister un seul jour, de ces citoyens précieux, sur lesquels pèsent toutes les charges de l’État et qui ne jouissent d’aucun de ses avantages ; de ces infortunés qui regardent le fripon qui s’engraisse de leurs sueurs et que repousse avec cruauté le concessionnaire qui boit leur sang dans des coupes d’or ; de ces infortunés qui au milieu de la mollesse du luxe et des délices dont jouit à leurs yeux l’homme puissant qui les opprime, n’ont en partage que le travail, la misère et la faim. Dieu des armées, si jamais je désirais un instant pouvoir me saisir de ton glaive ce ne serait que pour rétablir à leur égard les saintes lois de la nature, que tous les princes de la terre foulent aux pieds et que nos pères conscrits eux-mêmes, ont violées sans pitié, sans pudeur ».

Vaine violence ai-je dit, pour marquer qu’au fond de ces paroles il n’y a aucune conception sociale précise, aucune idée neuve et substantielle de la propriété : mais ces appels ardents et réitérés, commençaient sans doute à émouvoir plus d’une fibre : c’est une douleur obscure qui crie avant de parler et de penser, comme il convient à l’enfance du prolétariat : et Marat s’empresse en vain avec des gestes de théâtre, pour apaiser cette misère ; mais du moins l’a-t-il entendue dans le fracas de la Révolution bourgeoise, à travers les hymnes des fêtes fraternelles et les grands mots optimistes. Qu’une part au moins de ses haines mauvaises soit pardonnée à cet homme pour ses cris de pitié et de colère qui s’élèvent stridents dans l’aube mystérieuse et incertaine de la Révolution !

Voici maintenant ce que propose l’archange : et ce n’est point le glaive du Dieu des armées qui va resplendir en ses mains : il s’agit encore d’une entreprise de travaux publics ; mais avec des combinaisons originales et suggestives :

« Le projet que je vais mettre sous les yeux du public est d’un philanthrope éclairé. Son exécution assurera immédiatement et pour plusieurs années la subsistance à des milliers d’ouvriers sans qu’il en coûte rien au Trésor public ; et sans que l’on ait à craindre de voir troubler l’ordre et la tranquillité parisienne, quelque nombreux qu’ils soient ; il fixera sous peu d’années le pain à 7 ou 8 sols les 4 livres, ce qui fera pour le peuple une économie annuelle de plus de dix millions ; il augmentera la somme des richesses de la capitale chaque année, en procurant des travaux à une immense quantité d’ouvriers ; il fera le sort de 80 000 de ses habitants, contribuera à détruire la mendicité et il augmentera considérablement le revenu public. Ce projet est très simple : il consiste dans l’ouverture d’un canal à Saint-Maur, qui passerait sous le bois de Vincennes, dans la roche qui fait la base de cette éminence, ce qui épargnerait beaucoup de dépenses aux mariniers, abrégerait de 8 000 toises la navigation et diminuerait infiniment ses dangers en évitant les roches qui se trouvent au fond de l’eau.

« 2° Le lit naturel de la rivière, dans ce pourtour, devenant inutile à la navigation, il s’agit d’établir 50 usines diverses comme moulins à farine et à houblon, martinets pour les gros ouvrages, papeteries de différents genres et moulins à filières pour tressiller les métaux ; branche d’un commerce de plusieurs millions par ou pour des objets que nous tirons de l’étranger.

« 3° Le château de Vincennes, ce séjour de douleur et de désespoir qui rappelle sans cesse l’idée de la tyrannie qui l’a élevé pour en faire le siège de ses vengeances et de ses fureurs, acquis des deniers des entrepreneurs et converti en grenier d’abondance où le pauvre trouvera toujours la subsistance au plus bas prix possible et sous la surveillance des citoyens de la capitale et du département, deviendra un monument glorieux du règne de la liberté conquise. Ce vaste grenier contenant des subsistances pour plusieurs années, qui se renouvelleraient sans cesse, alimentera nos moulins, et Paris ne dépendra plus de la cupidité des compagnies accapareuses ; la disette factice que l’on nous a fait éprouver au milieu de l’abondance doit nous rendre sages pour l’avenir.

« 4° Les fonds nécessaires à cette entreprise seront fournis par la classe indigente qui s’y fera un sort avec une bien faible semence, voici comment. On formera une tontine réversible sur toutes les têtes jusqu’au dernier vivant : elle sera composée de 80 000 actions égales, chacune de 75 livres, une fois payées, et payables si l’on veut, à raison de 6 livres 5 sols par mois pendant une année. Ce paiement, au bout de trois ans, terme où les travaux seront achevés, donnera un intérêt de cinq pour cent qui augmentera d’année en année par le décès d’une partie des actionnaires et l’extension que prendra naturellement l’établissement même. Ainsi un seul propriétaire d’action jouira un jour pour sa mise de fonds de 5 livres d’une réserve de plusieurs cent mille livres dont la nation héritera ensuite.

« Les ouvriers employés à ces travaux, auront par arrangement chacun une portion d’action qui les attachera au travail et les intéressera à la confection : ils y gagneront d’ailleurs amplement leur vie. Les fonds de cette tontine qui ne sont destinés à enrichir aucune compagnie, mais au bien général, s’arrêteront à 6 000 000 de livres, nombre suffisant pour tous ces travaux et acquisitions.

« Par cette entreprise vraiment civique on donnera une vie facile aux gens peu aisés et qui n’ont aucun moyen de se faire un sort du produit de leurs faibles épargnes, et qui, pour prix d’une vie laborieuse, passée au milieu des privations de toutes sortes, souvent même du nécessaire n’ont que la perspective de finir leurs jours dans un hôpital s’ils ne périssent pas à la fleur de l’âge par quelques maladies, suite d’un travail forcé, ou du besoin. Voilà donc 80 000 indigents sauvés de la misère et rendus à leurs enfants… Qui ne croirait qu’il aurait suffi de développer (ce projet si simple) pour le voir adopter et favorisé par les hommes auxquels le peuple a confié ses intérêts ? »

« Comment s’imaginer qu’il ait été traversé de mille manières par nos indignes municipaux ?… »

Ce projet vaut qu’on s’y arrête. Bien entendu, il ne s’agit pas ici d’en discuter la possibilité technique ou les dispositions financières. Mais sa tendance sociale est intéressante. Des ateliers, créés sur l’initiative de l’État, dont les travailleurs sont eux-mêmes les actionnaires et qui font ensuite retour à la nation, un système de tontine qui assure aux ouvriers survivants un assez large revenu, cela contient en germe le socialisme d’État tel que le comprenait Louis Blanc, la coopération ouvrière de production et les systèmes variés de mutualité.

Oh ! germe bien débile, imperceptible et confus ! Ce qui est à noter, c’est que l’idée d’association ouvrière proprement dite, de corporation ouvrière, ou comme nous disons aujourd’hui, de syndicat ouvrier, en est complètement absente. Ce n’est pas à des groupements de travailleurs que seraient confiés les ateliers : et c’est sous la forme individualiste et bourgeoise de l’action que Marat conçoit la propriété ouvrière. Mais, une question extrêmement grave s’impose à nous : il est évident que le seul ébranlement révolutionnaire bourgeois commençait à fomenter les ambitions ouvrières : et si la liberté politique fondée par la Révolution avait duré, si la souveraineté populaire, d’abord mutilée, puis complète, s’était maintenue, si le suffrage d’abord restreint et bientôt universel avait été la source de tous les pouvoirs, il est probable, il est certain, que les ouvriers, les prolétaires, auraient demandé et obtenu un certain nombre de garanties. Peut-être, par des combinaisons analogues à celles que propose Marat, auraient-ils été associés, pour une part assez notable, à la propriété capitaliste que la Révolution allait si largement développer.

En tout cas, il est infiniment probable que le droit de coalition et de grève que la Constituante va détruire brutalement tout à l’heure, aurait été conquis d’assez bonne heure et que le peuple ouvrier n’aurait pas attendu un siècle pour en avoir le bénéfice légal. Or, on peut se demander si cette organisation de la force ouvrière, à un moment où le capitalisme n’avait pas encore toute sa puissance, aurait été conciliable avec le développement capitaliste, le progrès de la production et de la richesse. Je n’hésite pas pour ma part, à répondre nettement : oui. Je crois que le système capitaliste est infiniment plus souple que ne le disent beaucoup de socialistes : et je crois qu’il se fût accommodé, dès 1789, de la pleine liberté et de la démocratie. Marx constate qu’en dehors de ce qui est le profit normal, essentiel du capital, c’est-à-dire le surtravail non payé de l’ouvrier, le capitalisme s’est procuré d’innombrables profits accessoires.

Il a triché, fraudé ; il n’a pas même payé aux ouvriers ce qui était convenu : il a allongé sournoisement la journée de travail. Il a porté l’exploitation de la force ouvrière au delà même de ce que lui commandaient ses intérêts essentiels et la loi de sa croissance. Il n’a même pas payé en certaines périodes le salaire strictement nécessaire à l’entretien de la force de travail : il a gâché de la substance humaine. Il a exténué et abruti l’enfance ouvrière, bien au delà des nécessités intrinsèques du système et même contre l’intérêt du capitalisme lui-même.

Un régime de démocratie, de suffrage universel, de souveraineté populaire, aurait permis au salarié de se garantir contre cet excès d’exploitation : il aurait peut-être permis de réaliser en quelque point un système de production semi-capitaliste, semi-ouvrier. Il aurait donné aux travailleurs plus de force physique et intellectuelle, sans compromettre l’évolution capitaliste ; et l’avènement régulier du prolétariat, l’installation progressive et pacifique du socialisme auraient été singulièrement facilités. Oh ! gardons-nous de croire que le développement antagonique des classes est un mécanisme rigide et que rien ne peut modifier. Gardons-nous de croire qu’il est indifférent au prolétariat que le capitalisme se développe sous un régime de démocratie ou sous un régime d’oligarchie ou de despotisme ! Non : il n’est pas vrai que la Révolution n’ait pas été entamée et abaissée par le despotisme militaire de l’Empire, par les velléités contre-révolutionnaires de la Restauration, par le régime censitaire de Louis-Philippe.

Oui, la propriété bourgeoise et capitaliste, libérée par la Révolution des entraves féodales et corporatives s’est développée sous tous les régimes, et il ne dépendait d’aucune réaction d’arrêter ou de refouler ce mouvement. Oui, la bourgeoisie a su toujours imposer le respect de la dette publique et un certain contrôle des finances, nécessaire à son autorité. Et si la liberté politique et la souveraineté nationale ne s’étaient pas abîmées dans le despotisme impérial, si la Révolution au lieu d’osciller pendant un siècle de la démocratie militaire à l’oligarchie bourgeoise et orléaniste était restée une démocratie républicaine, les rapports essentiels des classes et la structure profonde de la propriété capitaliste n’auraient pas été modifiés : mais il y aurait eu un frein à l’égoïsme de la bourgeoisie, une limite à l’exploitation des ouvriers ; et la lutte nécessaire entre une bourgeoisie forcément plus généreuse et un prolétariat plus éclairé et plus libre aurait abouti plus sûrement et plus noblement à une société nouvelle, à une forme nouvelle de propriété. Le cœur s’emplit de tristesse lorsqu’on rencontre, dès 1791, un commencement de pensée prolétarienne, quand ci voit dès ce moment l’esprit humain en quête de combinaisons variées pour adoucir les conditions des prolétaires, et quand on songe à ce qu’auraient pu donner tous ces germes dans le développement régulier d’une démocratie libre.

Nous ne pouvons pas nous consoler en nous disant que les effroyables souffrances de la classe ouvrière pendant le siècle qui vient de s’écouler étaient inévitables et qu’elles ont été la condition d’un ordre nouveau. Non, non : beaucoup de ces souffrances ont été inutiles. Le capitalisme aurait été aussi puissant et aussi fécond, et les conditions économiques du communisme auraient été aussi pleinement réalisées si les travailleurs avaient pu, grâce à la démocratie et à la République, se défendre au moins contre les inutiles excès de la classe possédante.

Que jamais la tentation ne vienne aux prolétaires de compter sur le seul jeu du mécanisme économique ou de s’exagérer le fatalisme de l’organisation des classes, au point de méconnaître et de négliger toutes les ressources d’action que leur offrent la démocratie et la liberté. Mais, ai-je besoin de dire encore une fois que le projet social de Marat ne m’intéresse point par sa valeur intrinsèque, mais comme symptôme du travail social, du travail prolétarien, qui obscurément commençait dans les esprits à la faveur de la liberté nouvelle ?

« Hier, raconte un correspondant de Marat, dans le numéro du 25 mars 1791, je me trouvais dans la boutique du patriote Garin : un ouvrier achète un pain et présente un coupon d’assignats de 4 livres 10 sols. On fait dix boutiques pour le changer ; enfin on apporte de la petite monnaie parmi lesquelles se trouvent plusieurs pièces fausses. Affligé de la peine à changer ces petits effets, l’infortuné s’écrie le cœur gros de soupir : « Comment pouvons-nous vivre dans un pays où nous sommes abandonnés par ceux qui devraient nous soutenir ? » Puis, il ajouta en essuyant une larme : « Mais doucement, ils prennent notre patience pour de la peur ; nous sommes vingt mille ouvriers dans Paris, tous forts et vigoureux, qui mettrons fin un jour à toutes ces taquineries : nous ne nous laisserons plus endormir par les bourgeois comme nous avons fait jusqu’à présent ».

Pauvre et peu intelligente application de l’instinct de classe : car malgré les difficultés et les ennuis de détail qu’elle entraînait, la création des assignats, instrument de l’expropriation de l’Église, était un grand acte révolutionnaire. Marat qui l’a combattue furieusement en haine de Mirabeau jouait en cela un rôle réactionnaire. Mais n’est-il point curieux que déjà les souffrances du peuple prennent la forme d’une opposition de classe ? les ouvriers contre les bourgeois.

source

Marat, doublement combattu et calomnié, comme scientifique et comme révolutionnaire

Marat :

« Ils me représentent sans cesse comme un anarchiste qui foule aux pieds toutes les lois et qui ne se plaît que dans le désordre. Ils me représentent comme un ambitieux qui vise au pouvoir. Ils me représentent comme un anthropophage, un buveur de sang. Ils me représentent comme un cerveau exalté, un être inconséquent. »

Marat, dans Publiciste de la République française, n°147 du mardi 19 mars 1793

Jules Michelet dans « Histoire de la Révolution française » :

« Quoi ! c’est là Marat ? Cette chose jaune, verte d’habit, ces yeux gris jaunes, si saillants !... C’est au genre batracien qu’elle appartient à coup sûr, plutôt qu’à l’espèce humaine. De quel marais nous arrive cette choquante créature ? »

Onfray Michel :

« Marat, « fils de curé et fils de virago », « comme son père, vend de l’illusion », « médecin charlatan », « diplômé fraudeur », « scientifique de caniveau », « escroc », « aigrefin », « l’homme du ressentiment », « quant il peut, voleur », « domestique quémandant des faveurs », « chien galeux », « vivisecteur d’arrière-boutique », « acheteur de cadavres humains » « éventreur de cadavres », « pourvoyeur de guillotines », « L’Ami du peuple invite au crime de masse à chacune de ses parutions », « un des principaux instigateurs des massacres de Septembre », « jouit des accouplements avec Thanatos », « corps puant ».

Voltaire :

« Ecrivain scandaleux qui pervertit la jeunesse par des leçons d’une fausse philosophie. »

Chabot aux Jacobins, le 14 octobre 1792 :

« Quant au parti qu’on appelle maratiste, je ne le connais pas, et ne puis le comprendre, car Marat est un porc-épic qu’on ne peut seulement pas toucher du doigt, et il n’est donné à personne d’entendre quelques traces de ses idées. »

baronne de Necker :

« Marat, dont la postérité se souviendra peut-être afin de rattacher à un homme les crimes d’une époque. Marat se servait chaque jour de son journal pour menacer des plus affreux supplices la famille royale et ses défenseurs. Jamais on n’avait vu la parole humaine aussi dénaturée : les hurlements des bêtes féroces pourraient être traduits dans ce langage. »

Et le discours de haine contre Marat va de la droite à la gauche de la bourgeoisie, et même de son extrême droite à son extrême gauche officielle !!!!

Quelques citations de Marat :

« Pour enchaîner les peuples, on commence par les endormir. »

« C’est par la violence qu’on doit établir la liberté. »

« La grandeur du crime est la seule différence qu’il y ait entre un conquérant et un brigand. »

« Toutes les religions prêtent la main au despotisme ; je n’en connais aucune toutefois qui le favorise autant que la chrétienne. »

« Il faut porter la cognée à la racine. Il faut faire connaître au peuple ses droits et l’engager à les revendiquer ; il faut lui mettre les armes à la main, se saisir dans tout le royaume des petits tyrans qui le tiennent opprimé, renverser l’édifice monstrueux de notre gouvernement, en établir un nouveau sur une base équitable. Les gens qui croient que le reste du genre humain est fait pour servir à leur bien-être n’approuveront pas sans doute ce remède, mais ce n’est pas eux qu’il faut consulter ; il s’agit de dédommager tout un peuple de l’injustice de ses oppresseurs. »

« La liberté de tout dire n’a d’ennemis que ceux qui veulent se réserver la liberté de tout faire. »

« Empêchez la libre communication des idées, bientôt le champ de la politique ne se couvre plus que de plantes vénéneuses qu’il plaît aux tyrans d’y laisser germer. Car, après avoir établi qu’il est des opinions criminelles, ils érigent aussitôt un tribunal pour les réprimer ; dès lors, ce n’est plus ce qui est dangereux qui est puni, mais ce qui offusque ce tribunal ; inconvénient terrible qui perdit toujours la liberté. »

« Bientôt la nation devient la proie des maltôtiers, des financiers, des publicains, des concussionnaires : vampires insatiables qui ne vivent que de rapines, d’extorsions, de brigandages, et qui ruinent la nation pour se charger de ses dépouilles. »

« Jaloux de leur empire, les despotes sentent que pour tyranniser les peuples plus à leur aise, il faut les abrutir ; aussi tout discours, tout écrit qui élève l’âme, qui tend à rappeler l’homme à ses droits, à lui-même, est-il funeste à son auteur. »

« Dans un état bien ordonné, la liberté de la presse doit être illimitée pour les écrivains qui surveillent les fonctionnaires publics. »

« Devant les convulsions de la machine politique qui cherche à s’organiser, nous n’avons aucun moyen constitutionnel pour arrêter leurs malversations. »

« Quoi, la fortune publique sera entre les mains de fripons déhontés qui n’ont pas plus d’ordre que les dissipateurs-escrocs ? »

« Je me suis fait anathème pour ce bon peuple de France. »

« C’est des feux de la sédition que naît la liberté. »

Les écrits du révolutionnaire Marat

Marat dans « Projet dévoilé d’endormir le peuple et d’empêcher la Constitution » :

« Depuis quatre mois que les Etats généraux sont ouverts, on y ventilé mille petites questions et prononcé mille discours de compliments, de félicitations, d’étiquette où les orateurs les plus féconds ont épuisé tous les genres de l’éloquence : mais sur la Constitution, objet des vœux de la France entière, nous n’avons pas encore un seul article consacré… (Marat évoque la nuit du 4 août où la noblesse et le clergé ont renoncé en paroles à leurs privilèges seigneuriaux.) C’est à la lueur des flammes de leurs châteaux incendiés que les privilégiés ont la grandeur de renoncer au privilège de tenir dans les fers des hommes qui ont recouvré leur liberté, les armes à la main ! C’est à la vue du supplice des déprédateurs, des concussionnaires, des satellites du despotisme qu’ils ont la générosité de renoncer aux dîmes seigneuriales et de ne plus rien exiger des malheureux qui ont à peine de quoi vivre ! (…) Admettons qu’ils ont fait par vertu, ce qu’on pourrait si aisément attribuer à la crainte ; mais convenons que l’importance de ces sacrifices, si exaltés dans un premier mouvement d’allégresse, a été portée un peu trop loin…. Mais nous ne pouvons nous défendre de quelques observations propres à faire apprécier la grandeur de ces sacrifices. Est-il besoin de prouver qu’ils sont la plupart illusoires ? Et d’abord l’abolition de tous les privilèges, qu’annonce la devise de la médaille projetée, est-elle bien réelle, lorsqu’elle emporte, comme elle le fait, le rachat des droits seigneuriaux, le rachat des banalités et le rachat des droits féodaux sur les terres ? Quant à l’abolition de la mainmorte et autres droits féodaux qui pesaient sur les personnes, ces abus monstrueux, décorés du beau nom de droit, doivent nécessairement tomber par la promulgation de la loi fondamentale qui établira la liberté individuelle… Ainsi, presque tous ces privilèges particuliers tombent nécessairement par la promulgation des lois générales qui doivent les révoquer ; pourquoi en faire l’objet d’autant d’arrêtés particuliers ? (…) On regrettera que les Etats généraux aient sacrifié à ces petits objets le temps destiné à de grandes choses. »

Marat dans « Observations sur la nécessité d’expulser les anciens privilégiés de l’Assemblée nationale » :

« (…) L’histoire n’offre aucun exemple d’une révolution semblable à celle qui vient de s’opérer parmi nous. Elle est la suite naturelle des excès de l’administration, des vices des administrateurs, de la corruption universelle des mœurs, et elle a été couronnée par la stupidité des chefs et un concours incroyable de circonstances ; car la sagesse et le courage des Parisiens, auxquels on en fait honneur, n’y ont eu presqu’aucune part. Mais si le ciel semblait jaloux de nous ménager des occasions uniques de rompre ses fers, nous avons fait tout ce qui dépendait de nous pour les laisser échapper, et n’en retirer aucun fruit. La Révolution était achevée, et la liberté consolidée pour toujours, si, le 15 juillet, 10.000 Parisiens avaient marché à Versailles pour balayer de l’Assemblée nationale et nobles et prélats qui n’ont aucun droit d’y siéger. La Révolution était achevée, et la liberté consolidée sans la plus légère violence, si, le 6 octobre, les membres patriotiques de l’Assemblée n’avaient pas fait la gaucherie de dénoncer 300 aristocrates qui se disposaient à la fuite, de crainte d’être suppliciés, et s’ils n’avaient pas eu la maladresse de leur refuser des passeports…. O mes concitoyens : redoublez de vigilance, soyez sur vos gardes, et si quelqu’événement imprévu amène une nouvelle insurrection générale, profitez enfin de la conjoncture pour expulser de l’Assemblée nationale les nobles et les prélats… Purgez-la ensuite de tous les plébéiens ineptes et corrompus… »

Marat, dans « Plan de la révolution absolument manquée par le peuple » (7 juillet 1792) :

« Depuis trois ans nous nous agitons pour recouvrer notre liberté, et cependant nous en sommes plus éloignés qu’au premier jour : jamais nous ne fûmes plus asservis. La révolution, ayant tourné contre le peuple, est pour lui le plus grand des malheurs. La liberté qu’il regardait comme le principe de tous les biens, est devenue, dans l’Etat, une source intarissable de violences, de désordres, de désastres, de calamités… Sous l’ancien régime, nous avions pour maîtres, et le despote et ses agents et ses valets, qui nous dépouillaient et nous opprimaient à l’envi, mais la loi nous laissait la défense naturelle et nous permettait la plainte. Sous le nouveau régime, la loi qui devrait nous défendre ne sert qu’à nous opprimer ; nous n’avons plus de maîtres mais nous gémissons sous la verges de fer de nos propres mandataires : nous sommes livrés sans défense à la merci de nos propres agents ; et ce qui est le comble de l’horreur, ils nous accablent au nom de la justice : ils nous chargent de fers au nom de la liberté… »

Qui était Marat, dirigeant révolutionnaire français ?

Un peuple doit-il payer les dettes de l’Etat ? Point de vue de Marat, l’Ami du Peuple

Si Jean-Paul Marat était mort avant 1788, le monde l’aurait connu en tant que scientifique et médecin français d’origine suisse, qui, même s’il n’égalait pas vraiment un Newton ou un Descartes, avait contribué à des avancées significatives dans le domaine de la science. En réalité, il était plus connu en Grande-Bretagne qu’en France, puisque c’est en Angleterre qu’il publia la plupart de ses articles scientifiques révolutionnaires, étant combattu par une cabale de médecins et par l’Académie des sciences en France.

Marat physicien

Marat, le scientifique

Le physicien contrarié

Recherches physiques sur le feu

Optique de Newton

Mémoire sur l’électricité médicale

Autres ouvrages scientifiques

Mémoires académiques

Marat avant 1789

De l’homme, tome 1

De l’homme, tome 2

De l’homme, tome 3

Eloge de Montesquieu (1785)

Nouvelle dénonciation contre monsieur Necker, premier ministre des finances

Discours au Tiers Etat : Offrande à la patrie

Supplément de l’Offrande à la patrie

Discours de Marat sur la défense de Louis XVI

Avis au peuple ou les ministres dévoilés

La Constitution, ou Projet de Déclaration des droits de l’homme et du citoyen

Plan de législation criminelle

Circulaire du 3 septembre 1792

C’est un beau rêve, gare au réveil

Affreux réveil

C’en est fait de nous

Relation authentique

Placards de Marat

Journal de la République française

Journal L’Ami du Peuple, 12 septembre 1789

L’Ami du Peuple, 13 septembre 1789

L’Ami du Peuple, 1er janvier 1790

Journal L’Ami du Peuple, année 1789

Journal L’Ami du Peuple, année 1790

Journal L’Ami du Peuple, année 1791

Journal L’Ami du Peuple, année 1792

Journal L’Ami du Peuple, d’autres numéros

685 numéros de l’Ami du Peuple

Journal Le Junius français

Les chaînes de l’esclavage (an premier de la République)

Les chaînes de l’esclavage (autre édition)

Circulaire du trois septembre 1792

Plan de législation criminelle

Lettre à la Convention nationale du 13 avril 1793

Opinion de Marat, l’ami du peuple, député à la Convention nationale, sur le jugement de l’ex-monarque : imprimée par ordre de la Convention

Les députés du département des Bouches-du-Rhône a la Convention nationale et à Marat

Marat porté en triomphe après avoir été acquitté par le tribunal révolutionnaire

Discours de Marat au peuple

Portrait de Marat par Fabre d’Eglantine

Marat inconnu

Œuvres de Marat

Autres ouvrages de Marat

Oraison funèbre de Marat, prononcée par François Guiraud au club des Jacobins

Discours de Sade pour Marat à la section des piques

Kropotkine retrace Marat assassiné

Jean Jaurès sur Marat dans La Convention

Comment l’historien Jules Michelet calomniait Marat :

Un visionnaire s’élève dans la presse, Marat, crédule, aveugle furieux, qui va promener l’accusation au hasard de ses rêves, désignant l’un aujourd’hui et demain l’autre à la mort ; il commence par affirmer que toute la famine est l’œuvre d’un homme, que Necker achète partout les blés pour que Paris n’en ait pas.

Marat commence toutefois, il agit peu encore ; il tranche avec toute la presse. La presse accuse, mais vaguement, elle se plaint, elle s’indigne, comme le peuple, sans trop savoir ce qu’il faut faire. Elle voit bien en général qu’il y aura « un second accès de révolution ». Mais comment ? Dans quel but précis ? Elle ne saurait bien le dire. Pour l’indication des remèdes, la presse, ce jeune pouvoir, devenu si grand tout à coup dans l’impuissance des autres, la presse même est impuissante…

Qui a amené la Révolution ? Voltaire et Rousseau. — Qui a perdu le roi ? La reine. — Qui a commencé la Révolution ? Mirabeau. — Quel a été l’ennemi de la Révolution ? Pitt et Cobourg, les Chouans et Coblentz. — Et encore ? Les Goddem et les Calotins. — Qui a gâté la Révolution ? Marat et Robespierre…

M. de La Fayette enhardit la municipalité à faire poursuivre au Châtelet la feuille sanglante de Marat…

« La parole est à Marat ! »

Quoi ! c’est là Marat ? Cette chose jaune, verte d’habit, ces yeux gris jaunes, si saillants !... C’est au genre batracien qu’elle appartient à coup sûr, plutôt qu’à l’espèce humaine. De quel marais nous arrive cette choquante créature ? (...)

Les Montagnards n’avaient pas fait Septembre (il s’agit de septembre 1792 : l’abolition de la royauté). Sauf Marat et deux ou trois autres, nul homme du côté gauche n’y eut part… Ce groupe sombre, où toute passion violente était représentée, portait à son sommet un couronnement bizarre, une vision terrible et ridicule, la tête de Marat. Échappé de sa cave, sans rapport avec la lumière, ce personnage étrange, au visage cuivré, ne semblait pas de ce monde-ci. Il voyait bien l’étonnement des simples, et il en jouissait. Le nez au vent, retroussé, vaniteux, aspirant tous les souffles de popularité, les lèvres fades et comme vomissantes, prêtes, en effet, à vomir au hasard l’injure et les fausses nouvelles, il dégoûtait, indignait, faisait rire. Mais sur cet ensemble bizarre, on croyait lire Septembre, et l’on ne riait plus…

Vergniaud rappela aussi, lut l’effroyable circulaire, signée Marat, Sergent, Panis, au nom de la Commune, et envoyée par toute la France pour étendre à toutes les villes le massacre de Paris. Un frémissement d’indignation parcourut l’Assemblée ; mais les murmures devinrent des cris, des clameurs de réprobation, lorsqu’un député tira de sa poche un article de Marat, daté du 21 septembre, et publié le 22. Il y déclarait qu’il n’y avait rien à espérer ; de la Convention, qu’il fallait encore une insurrection ; qu’autrement on devait s’attendre à cinquante ans d’anarchie, et qu’on n’en sortirait que par la dictature. Il finissait par ces mots cruellement significatifs, au lendemain de Septembre : Oh ! peuple babillard, si tu savais agir !

Pris ainsi dans ce cri de meurtre, et comme la main dans le sang, Marat devait être atterré. Il en fut tout autrement. Lui qui toujours s’était caché, il parut heureux de se montrer au grand jour ; il accepta hardiment la lumière et le défi. La créature de ténèbres vint s’étaler au soleil, souriant de sa vaste bouche, ayant l’air de dire à ceux qui (comme Mme Roland) doutaient si Marat était un être réel : Vous en doutiez ? le voici.

Sa seule présence à la tribune souleva tout le monde ; elle en paraissait souillée. Cette figure large et basse qui dépassait à peine de la tête et de la poitrine et s’étalait en largeur, ces mains grasses, épaisses, qu’il plaquait sur la tribune, ces yeux proéminents, ne donnaient point l’idée de l’homme, mais bien plutôt du crapaud... A bas ! à bas ! criait-on. Lui, sans se déconcerter : J’ai dans cette Assemblée un grand nombre d’ennemis.... — Tous ! tous ! s’écrie l’Assemblée, en se levant presque entière. Cela même ne l’émut pas. Lançant outrage pour outrage : Je vous rappelle à la pudeur...

Marat était audacieux, mais nullement brave. Ce qui l’enhardissait ici, c’est qu’il savait parfaitement qu’il parlait sous les yeux des siens. La bataille était prévue ; quelques paroles imprudentes de Barbaroux aux Jacobins l’avaient annoncée la veille. Les maratistes, avertis, avaient rempli les tribunes ; ils sentaient bien que c’était le procès de Septembre qui se faisait, et le leur. Tout ce qu’il y avait d’hommes compromis étaient venus voir si la Convention oserait entrer, par la punition de Marat, dans les voies de la justice. Lui frappé, ils pensaient bien qu’on irait à eux. On les connaissait en grand nombre, par noms, professions, adresses. Ces gens-là devaient périr avec lui, ou triompher avec lui. Sa destinée était la leur. Qu’on juge s’ils furent exacts à occuper les tribunes ! Dés la nuit, ils étaient aux portes, faisaient queue, se reconnaissaient, triaient la foule, en quelque sorte, maltraitaient et supplantaient tout homme d’un autre parti ; s’ils laissaient passer quelqu’un qui ne fût pas de leur bande, c’était quelque ouvrier des métiers inférieurs, quelque simple, qu’ils faisaient bientôt des leurs. Le costume bizarre de Marat ; son collet gras, son cou débraillé, faisaient bon effet sur ces gens. Ils ne jugeaient pas aisément de tout ce qu’il y avait là d’ambitieux dans la négligence et d’ostentation dans la saleté.

Marat fut bien plus habile qu’on ne l’aurait attendu ; ses paroles furent parfaitement calculées pour les tribunes. Il glorifia Septembre : Me ferez-vous un crime d’avoir provoqué sur la tête des traîtres la hache vengeresse du peuple ? Non ; si vous l’imputiez à crime, le peuple vous démentirait : car, obéissant à ma voix, il a senti que le moyen que je lui proposais était le seul pour sauver la patrie, et, devenu dictateur lui-même, il a su se débarrasser des traîtres.

Ce fut une grande surprise pour l’Assemblée, un effet cruel de remarquer que ces paroles exécrables étaient accueillies d’en haut par les assistants avec un murmure flatteur ; elle vit avec horreur que Marat n’était pas seulement à la tribune, mais qu’il était sur sa tête, qu’elle siégeait entre Marat et Marat.

Un des Girondins, plein d’indignation, n’y tint pas et voulut sortir. L’officier de garde lui dit : Ne sortez pas, je vous prie, ne vous montrez pas, monsieur. Tous ces gens-là sont pour lui ; s’il est décrété d’accusation, le massacre recommencera ce soir.

Marat, de plus en plus fier, se prélasse à la tribune : La dictature ! dit-il ; mais Danton, Robespierre, les autres, en ont toujours improuvé l’idée. Elle est mienne ; on a tort d’accuser la députation de Paris ; l’inculpation n’a nulle couleur, si ce n’est parce que j’en suis membre... Oui, moi-même j’ai frémi des mouvements désordonnés du peuple ; j’ai demandé qu’il nommât un bon citoyen, juste et ferme, mais qu’on lui mit en quelque sorte un boulet aux pieds, qu’il n’eût d’autorité que pour abattre des têtes... (Murmures.) Si vous n’êtes pas encore à la hauteur de m’entendre, tant pis pour vous...

Puis, après avoir ainsi naïvement fait comprendre, dans sa vanité incroyable, qu’il voulait un dictateur et pour dictateur Marat, l’étrange candidat, se recommandant à l’admiration des tribunes, montra sa casquette crasseuse, ouvrit ses sales vêtements : M’accuserez-vous d’ambition ? voyez-moi et jugez-moi...

Remarquant pourtant l’horreur de la Convention, et craignant le vote, il soutint que le numéro paru le 22 avait été écrit dix jours auparavant, avait paru en affiche, et que c’était par erreur qu’on l’avait réimprimé. Lisez, dit-il, mon premier numéro du Républicain, vous y verrez l’hommage que je rends à la Convention pour ses premiers travaux, vous y trouverez la preuve que je veux marcher avec vous, avec les amis de la patrie.

Ce numéro, dont on fit lecture, ne contenait rien de tel. Marat y accusait cruellement, en promettant de ne plus accuser. Il y avait, entre autres choses : J’étoufferai mon indignation, en voyant les menées des traîtres... j’entendrai sans fureur le récit des vieillards et des enfants, égorgés par de lâches assassins, etc., etc. Cette déclamation sanglante commençait ridiculement par une apostrophe copiée de la Marseillaise : Amour sacré de la patrie ! avec un développement sentimental dans le style de la Nouvelle Héloïse.

La lecture de cette pièce, nullement justificative, fut suivie d’une comédie pitoyable que la Convention dut endurer encore par égard pour les tribunes, qui la prirent au sérieux. Marat parut s’attendrir : Voilà donc le fruit de trois années de cachots et de tourments ! le fruit de mes veilles et de mes souffrances !... Quoi donc ! si ma justification n’eût paru, vous m’auriez voué au glaive des tyrans ? Cette fureur est indigne d’hommes libres ; mais je ne crains rien sous le soleil.... (Là il tira un pistolet de sa poche, se l’appliqua au front). Je déclare que, si le décret d’accusation eût passé, je me brillais la cervelle au pied de la tribune. Beaucoup rirent, beaucoup s’indignèrent ; le charlatan venait d’imiter à froid le mouvement bien connu des deux jeunes marseillais qui, la veille du 10 août, à l’Hôtel-de-Ville, se mirent le pistolet au front, menaçant de se tuer, si on ne leur donnait des cartouches. Les tribunes admirèrent, mais dans la Convention le dégoût arriva au comble ; plusieurs ou se détournèrent, ou montrèrent le poing, criant : A la guillotine ! Lui, impudemment : Eh ! bien, je resterai parmi vous pour braver vos fureurs...

L’Assemblée était fatiguée. Le centre craignait les tribunes ; il passa tout entier à gauche. Un homme de Septembre, Tallien, demanda : Qu’on fit trêve à ces scandaleuses discussions, qu’on laissât les individus. Il obtint l’ordre du jour.

On décréta la seconde proposition de Danton : La République française est une et indivisible.

Sa première proposition (Peine de mort pour quiconque proposerais la dictature) ne fut point décrétée. L’ordre du jour fut demandé par Chabot, obtenu. Beaucoup croyaient apparemment qu’en une crise si violente une dictature temporaire serait peut-être après tout le seul remède efficace.

Les Girondins avaient échoué dans toutes leurs attaques ; Marat même avait échappé. Cette séance violente eut pourtant un grand résultat. Paris fut ému. Le jugement sur Septembre, pour n’avoir pas été formulé par la Convention, n’en fut peut-être que plus fortement porté dans les cœurs. Les adversaires de Septembre avaient échoué dans la salle, sous la pression des tribunes maratistes, et par la faiblesse, peut-être par l’envie du centre…

Marat décidément semblait impossible. L’ancien charlatan de place, le vendeur d’orviétan, avait si bien reparu dans son premier rôle, que le dégoût, la risée, avaient dominé l’horreur…

Danton désavoue Marat plus expressément qu’il n’a fait encore : Je déclare à la Convention et à la Nation entières que je n’aime point l’individu Marat ; je dis avec franchise que j’ai fait l’expérience de son tempérament : non seulement il est volcanique et acariâtre, mais insociable...

Voltaire contre Marat

Un ophtalmologiste révolutionnaire

Un site Marat ?

Michelet rapporte négativement l’influence de Marat sur la Commune insurrectionnelle de Paris

Pour Michelet « le rêve le plus doux (de Marat qui influençait la Commune) eut été une Saint-Barthelémy générale dans toute la France » !!!

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0