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A bas les fonctionnaires !!!

mardi 6 février 2018, par Robert Paris

Edito

En s’attaquant aux fonctionnaires, le gouvernement entre en guerre contre toute la classe ouvrière

A entendre le président de la bourgeoisie française, son premier ministre et les membres du gouvernement, ou les commentaires, médiatiques ou non, de la bourgeoisie française, on pourrait penser que tous ces gens-là comptent ne faire qu’une bouchée de pain de la colère et de la lutte de tous les fonctionnaires. Pourtant, ce qui est annoncé, c’est de véritables mesures de guerre anti-fonctionnaires, consistant à supprimer un nombre considérable de postes par de soi-disant « départs volontaires » (le volontariat n’étant ici qu’un moyen d’éviter les plans sociaux et les indemnités de licenciement), à réduire les droits et statuts des fonctionnaires, à n’embaucher à la place d’une partie d’entre eux que des précaires et des salariés non fonctionnaires, avec ou sans qualification, à imposer le passage des fonctionnaires d’un secteur d’activité à un autre, à mettre en place des moyens de surveillance des fonctionnaires et services publics et ramener les fonctionnaires au statut général des salariés. L’agressivité de ce plan n’est nullement cachée et au contraire soulignée par ses auteurs. Aucun doute qu’ils souhaitent un affrontement avec les seuls fonctionnaires afin d’éviter une lutte dans laquelle salariés du privé et du public seraient ensemble dans le combat.

Et tous ces gens-là nous disent que, casser le statut de fonctionnaire, c’est bien plus juste, plus égalitaire, plus « normal ». Mais, s’ils en sont si convaincus de la nécessité de niveler tout le monde, pourquoi ne ramènent-ils pas aussi toutes les classes possédantes, patrons des trusts et des banques, et aussi tous les hauts fonctionnaires, comme les ministres, les députés, les sénateurs et autres chefs de cabinet, au niveau moyen des salariés, aux « avantages » des salariés, au statut des salariés ?!!! Et pourquoi ne proposent-ils pas de ramener les salariés du privé aux « avantages » des salariés du public ? Parce que cela serait impossible pour l’économie ? Mais alors pourquoi les fortunes que reçoivent les patrons des trusts et des banques, les gros actionnaires et autres profiteurs et spéculateurs ne sont pas « impossibles pour l’économie » ?

Est-ce parce que l’Etat est en faillite, grevé de dettes qu’il devrait se défaire d’une partie de ses fonctionnaires ? Mais pourquoi alors fait-il cadeau aux capitalistes de leurs impôts sur la fortune, s’il n’y a plus que des trous dans les caisses publiques ? Pourquoi l’Etat n’a plus de sous pour payer des fonctionnaires mais trouve des milliards pour subventionner follement les travaux du Bâtiment, les trusts de la Pharmacie, les trusts de l’Armement, les trusts de l’Automobile, les banques, etc…

Mais peut-être que le gouvernement veut simplement moderniser un service public qui n’est plus à la hauteur, qui ne fonctionne pas correctement ? En fait, le gouvernement lui-même organise le dysfonctionnement du service public, en supprimant des emplois sans que cela soit possible de faire fonctionner le service sans ces emplois, en supprimant aussi des moyens. Par exemple, ce sont les coupes sombres du gouvernement qui cassent le service public du Rail, avec déjà des suppressions de postes de fonctionnaires, par non remplacement des partants. Ainsi, dans tous les services publics, y compris dans le secteur nucléaire, la maintenance est de plus en plus assurée par des entreprises extérieures, avec des salariés moins bien payés, plus précaires et souvent avec des compétences inférieures, en augmentant les risques !

En décidant de s’attaquer ainsi à une fraction importante de la classe ouvrière, le gouvernement français prend le risque de mettre le feu à la lutte des classes dans tout le pays, secteur privé compris. On comprend que son assurance provient des dernières expériences de luttes syndicales dans lesquelles les classes dirigeantes ont pu mesurer le manque de combattivité des centrales syndicales avec de fausses mobilisations découpées en journées d’action sans action, sans dynamique, sans généralisation des luttes, sans organisation des salariés à la base, sans décisions par les salariés eux-mêmes, le plus souvent sans même des assemblées générales, sans aucun contact entre secteurs, y compris des secteurs appelés ensemble à ces journées. Quant aux luttes qui dépassent la journée, elles sont menées systématiquement dans des secteurs isolés, ne visent pas à s’étendre aux secteurs voisins ni même à se lier à d’autres secteurs en lutte. C’est pour cela que Macron ne craint pas la force des syndicats. Mais a-t-il raison de ne pas croire à la force des travailleurs, rien n’est moins sûr et l’avenir seul le dira…

Croire que l’impuissance des centrales syndicales signifie celle des travailleurs, c’est justement toute l’erreur des gouvernants en 1995. Juppé et la droite qui gouvernait à l’époque avaient cru que l’assentiment des centrales syndicales à sa réforme du travail imposant la flexibilité était synonyme de faiblesse des salariés et il avait été cruellement démenti par la grève des cheminots s’étendant à d’autres secteurs des transports publics, aux autres fonctionnaires et commençant à s’étendre au privé quand les centrales syndicales sont parvenues à faire reprendre le travail aux cheminots puis aux autres salariés.

Le gouvernement français avait eu chaud en 1995.Et les classes possédantes en ont tiré les leçons. Les centrales syndicales aussi. Elles n’ont plus laissé les salariés se lier ainsi d’un secteur à un autre. Et toute la société bourgeoise s’est donnée comme objectif de discréditer les cheminots auprès des salariés et de l’opinion publique, à discréditer aussi tous les fonctionnaires y compris auprès d’autres fonctionnaires. Il suffisait de faire porter le chapeau des dysfonctionnements des services publics aux agents eux-mêmes. Il suffisait de faire croire que, lorsqu’un train n’arrive pas, c’est parce que les cheminots seraient en grève ! Il suffisait de laisser entendre que les cheminots seraient responsables des retards, des accidents, des suppressions de trains et autres désagrément petits et grands… Et cela a été fait, sans réaction sérieuse des centrales syndicales. Il y a maintenant une grande partie de la population qui conspue les cheminots, les fonctionnaires en général, qui croient, comme une évidence, que les petits fonctionnaires sont des privilégiés, qui nuisent au service public, se moquent de faire fonctionner les choses, qui ponctionnent l’argent des impôts, qui sont sans cesse en grève pour défendre des privilèges et qui empêchent l’évolution, la modernisation et autres balivernes qui, à force d’être diffusées sans contradicteur, passent pour des vérités.

Evidemment, les gens n’englobent pas dans cette réprobation le postier, le balayeur, l’infirmière, l’aide-soignante, l’instituteur, le professeur qu’ils connaissent : l’anti-fonctionnaire, c’est comme un racisme. On déteste ceux qu’on ne connaît pas. Et, dans la petite bourgeoisie, on présente les fonctionnaires comme des protégés des syndicats et comme des profiteurs des mêmes avantages d’Etat que les appareils syndicaux. Et ces petits bourgeois, lorsqu’ils paient leurs impôts, croient financer les fonctionnaires quand, en fait, ils subventionnent les trusts et les banques !!!

Mais le plus grave, c’est que les classes possédantes sont parvenues à rendre bien des travailleurs hostiles aux fonctionnaires. La division entre salariés du public est entretenue systématiquement par le gouvernement, par la plupart des politiciens, par les média et elle n’est pas réellement combattue par les bureaucraties syndicales. Ces dernières se gardent bien de saisir les occasions d’unir une lutte de public avec une lutte du privé, y compris dans l’entreprise juste à côté se mobilisant le même jour !!! Elles se gardent bien de souligner les convergences dans les revendications et cultivent, au contraire, les particularités, y compris celles séparant un service public d’un autre. Elles ne combattent pas réellement la propagande sur les prétendus « privilèges » des fonctionnaires, par exemple en diffusant des feuilles de paie d’aides soignantes, de jardiniers, de secrétaires et autres postiers ou cheminots.

En fait, les fonctionnaires sont parfaitement comparables aux salariés du privé et la plupart font partie des salariés mal payés et aux conditions de travail difficiles. Restait le fameux « emploi à vie » que cherche à dénoncer Macron ! Mais, là encore, ce n’est pas réellement une différence car cela existait aussi en réalité, du moins au sein des grandes entreprises, notamment du fait de l’obligation de plans sociaux. Et c’est en même temps dans les deux que les patrons et le gouvernement entendent le remettre en cause. En somme, les seuls privilégiés sont ceux des hauts fonctionnaires et des patrons, ceux-là même qui dénoncent les prétendus privilèges des fonctionnaires !!!

Même si tout est fait pour les diviser, travailleurs du public et du privé sont une seule classe ouvrière, classe qui comprend aussi bien les CDI que les CDD, les précaires et les fixes, les avec ou sans papiers, les jeunes et les vieux, les hommes et les femmes, les nationaux et les étrangers, ceux qui ont un temps plein et ceux qui n’ont que des temps partiels, ceux qui ont un emploi et ceux qui chôment, et on en passe des divisions artificielles produites uniquement pour affaiblir la lutte de classe du prolétariat. Il y a en son sein des différences mais pas des oppositions objectives alors qu’il en existe toujours et même plus que jamais entre exploiteurs et exploités !!!

Les centrales syndicales contribuent à ces divisions, poussent les salariés à lutter secteur par secteur, corporation par corporation, en soulignant les particularités des revendications au lieu de souligner leurs convergences, en séparant les assemblées de grévistes, en refusant les passerelles et liens d’un secteur à l’autre, en refusant l’organisation de coordinations interprofessionnelles, etc. Ainsi, elles ont laissé pendant des mois, les EPHAD se battre seules, l’une après l’autre, comme elles laissent les hôpitaux en faire de même, ou encore la psychiatrie ou les sites de La Poste, toujours séparément, et séparément des cheminots, des enseignants ou des salariés d’Areva… Bien entendu aussi séparément des salariés de Carrefour et des autres entreprises qui suppriment des emplois ou ferment…

Et bien entendu, elles ne relient pas ces combats à ceux des pays voisins d’Europe, à ceux du reste du monde. Elles se gardent de relier les attaques que subit le monde du travail aux autres attaques antisociales, aux attaques contre les droits démocratiques, à l’aggravation de la répression policière, à l’augmentation des conflits guerriers aux quatre coins du monde, que ce soit sous prétexte de terrorisme, sous prétexte de lutte contre des dictatures, ou sous prétexte de limiter l’influence du bloc opposé : Russie-Chine et autres…

Si les centrales syndicales ne jouent même plus le rôle d’unir la classe laborieuse, si elles ne jouent qu’à négocier ce qui n’est pas négociable, si elles ne sont plus du tout craintes par les classes possédantes, cela ne signifie nullement que le prolétariat soit sans force face à ses exploiteurs et à leurs gouvernants (qui ne sont en rien les nôtres, même si là encore les centrales syndicales font croire le contraire).

Dès lors qu’il sera clair aux yeux des travailleurs qu’ils sont traités comme un prolétariat, qui n’a que ses chaînes à perdre, dès lors que les illusions sur les « collaborateurs salariés », sur les vertus de la négociation, de la réforme, de la collaboration, de l’intérêt commun dans l’entreprise, seront tombés, un tout autre avenir sera possible et les possédants auront du souci à se faire. On pourra passer d’une situation de résignation à la défaite à une offensive où la classe ouvrière aura à cœur de cesser d’être la classe sociale qui est la plus silencieuse, la moins organisée, la moins prompte à exiger, à imposer, à faire peur.

« Nous ne sommes rien, soyons tout », voilà le cri de guerre des prolétaires de la période qui vient, à l’image de leurs frères de Russie d’Octobre 1917 qui ont imposé il y a cent ans à un monde d’exploiteurs apeurés le gouvernement des conseils ouvriers, un mode de fonctionnement social et politique qui doit rester un phare pour le monde ouvrier.

3 Messages de forum

  • A bas les fonctionnaires !!! 8 février 07:18

    Emoi ces derniers jours chez les fonctionnaires, notamment les enseignants, découvrant le montant de leur salaire en consultant leur compte en banque : tous constatent une nouvelle baisse de salaire, habituelle en janvier depuis des années mais cette fois-ci sensiblement plus importante. Environ 280€ perdus en un an !!!

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  • A bas les fonctionnaires !!! 8 février 07:25, par R.P.

    Sept syndicats de fonctionnaires sur neuf appellent à une « journée de mobilisation » le 22 mars. Ils veulent notamment protester contre les annonces du gouvernement sur la réforme de la fonction publique. Encore une journée d’action sans lendemain et sans… veille, c’est-à-dire sans préparation par des ag interpro, pas des actions communes de mobilisation, sans organisation à la base, sans prise de décision des revendications et des modes d’action par les concernés, etc, etc. Sans action surtout ! Sans adresse aux salariés du privé, sans liaisons entre les revendications des deux… Sans aucune chance de se faire craindre des classes possédantes et des gouvernants, sans aucune chance de se faire entendre du reste de la classe ouvrière, sans aucune chance de fédérer réellement les travailleurs. Ils ont attendu le 22 mars pour être sûrs… que les EPHAD en lutte soient complètement épuisés !!!

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  • A bas les fonctionnaires !!! 14 juillet 06:18

    Malgré les demandes des parlementaires, Bercy refuse de donner les chiffres d’évolution des effectifs de fonctionnaires en 2019 à ce stade.

    « Le processus de transformation de l’action publique doit primer sur l’évolution de l’emploi dans la sphère publique, qui n’en sera que la conséquence », répond-t-on à Bercy.

    « Pour l’instant, l’objectif de suppressions de 50.000 agents publics dans la sphère étatique sur le quinquennat paraît très lointain, alors que la baisse ne devrait être que de 1.600 en 2018. » commente le journal bourgeois Les Echos !!!

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