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Lutte ouvrière, organisation communiste ? Mais qu’ont-ils fait de la suppression de la propriété privée des moyens de production ? Ils l’ont supprimée de leur propagande !!!

mardi 13 février 2018, par Robert Paris

Avertissement : nous discutons ici non seulement d’un éditorial de l’organisation française Lutte ouvrière mais d’une tendance opportuniste de tous les groupes d’extrême gauche qui ne sont rien d’autre que des tendances de gauche de la bureaucratie syndicale.

Voici cet éditorial de Lutte ouvrière dans lequel on remarque la prétention qu’un "contrôle des salariés" permettrait d’éviter des scandales capitalistes... tout en conservant la mainmise capitaliste sur les entreprises :

Lactalis, irresponsable, à l’image du capitalisme

17 Janvier 2018

Après avoir contaminé des dizaines de bébés en France et dans le monde avec du lait à la salmonelle, le PDG de Lactalis s’est excusé, a promis des indemnisations aux victimes et a juré qu’il n’y avait eu « aucun manquement » dans son entreprise. Et nous sommes censés être rassurés ?

Lactalis connaissait la présence de salmonelles dans son usine de Craon depuis août et l’a cachée aux autorités. Alors que les cas de bébés malades se multipliaient, il a traîné les pieds pour rappeler ses produits. Ce ne sont pas des manquements ?

Gouvernement et médias insistent sur le culte du secret de Lactalis. Autrement dit, le scandale résulterait d’une situation exceptionnelle causée par un dirigeant très spécial.

Il est vrai qu’à la différence de beaucoup d’autres, le PDG de Lactalis ne faisait même pas semblant de jouer la transparence. Il a toujours refusé de publier les comptes de son groupe, préférant payer une amende. Et qui connaissait, il y a une semaine, Emmanuel Besnier, 8e fortune de France, héritier et dirigeant de Lactalis ?

L’empereur qui domine le monde laitier avec 17 milliards de chiffre d’affaires, 246 sites de production dans 47 pays et 75 000 salariés, propriétaire de marques comme Lactel, Bridel, Salakis, La laitière, Président… appliquait la devise bien connue de certains milliardaires : « Pour vivre heureux, vivons cachés ».

Mais ce n’est pas parce que les autres groupes capitalistes se plient aux obligations légales de la publication des comptes et qu’ils ont des PDG stars de la communication publique que la transparence règne et qu’ils sont plus responsables.

Ce nouveau scandale n’est pas le dérapage d’un groupe capitaliste isolé. Il met aussi en cause les enseignes de la grande distribution, qui ont continué de vendre des lots devant être retirés de la vente, plus préoccupées qu’elles étaient de leur chiffre d’affaires de fin d’année que de la santé des nourrissons. Et, surtout, il est le dernier en date de toute une série de scandales, de la vache folle aux moteurs truqués de Volkswagen, Renault et PSA en passant par le Mediator et les prothèses PIP.

C’est tout le système capitaliste qui est irresponsable car il a érigé le profit en dieu tout puissant. La rentabilité est la seule religion des dirigeants des grandes firmes et, pour cacher cela, ils imposent le secret à tous les étages.

Tous les groupes capitalistes ont le culte du secret. Il y a les secrets de fabrication, les secrets comptables, le secret des affaires. Les représentants syndicaux sont tenus au secret quand ils participent ne serait-ce qu’au comité d’entreprise. Quant aux travailleurs qui constatent des manquements sanitaires dans leurs usines, ils sont menacés de licenciement s’ils les révèlent.

Les dirigeants justifient ce secret par le fait de devoir se protéger de la concurrence. Il sert surtout à cacher aux salariés ce que rapporte l’exploitation. Il sert à cacher aux fournisseurs les marges que les plus grosses entreprises et les banques font sur leur dos. Il sert à tromper le fisc. Il sert à tromper les consommateurs sur la marchandise.

Oui, ce secret va à l’encontre des intérêts de toute la collectivité. Et que fait l’État ? Il nous berce de belles paroles sur la transparence et diminue les contrôles. Car, on le vérifie au travers de ce scandale, l’État n’augmente pas ses contrôles sanitaires dans les entreprises, il les réduit, laissant les industriels procéder à des autocontrôles !

Le président et les ministres pérorent sur leur action aux quatre coins de la planète en prenant l’air de ceux qui peuvent changer le monde alors qu’ils ne sont même pas capables de contrôler ce qui se passe dans un fleuron français de l’agroalimentaire et d’assurer la sécurité alimentaire.

Ils ne sont pas capables de le faire, car ils n’en ont pas la volonté. Réduction du nombre des inspecteurs de la répression des fraudes, des contrôleurs fiscaux, des inspecteurs du travail : le gouvernement veut laisser les mains libres au patronat.

La seule façon d’empêcher de nuire les dirigeants de ce système irresponsable, ce sera de les soumettre au contrôle des salariés, des consommateurs et de la population.

Comme l’ont montré les lanceurs d’alerte, les salariés sont les mieux placés pour surveiller et dénoncer les agissements des dirigeants. Et qui d’autre qu’eux connaît la façon de bien faire le travail ?

Oui, pour la société tout entière, pour les intérêts des travailleurs, il est nécessaire de contester le sacro-saint respect de la propriété privée et de faire voler en éclats le secret dans les entreprises.

Éditorial des bulletins d’entreprise de Lutte ouvrière du 15 janvier 2018

Ce n’est pas juste un édito mais le leitmotiv d’une organisation

Mais où est l’éditorial des bulletins d’entreprises centré sur la suppression de la propriété privée des capitaux et des entreprises ?!!! Pas à Lutte ouvrière !!!

Lutte Ouvrière se dit communiste mais ne prône plus, de manière publique dans ses éditoriaux, la suppression de la propriété privée des moyens de production, pourtant la clef de toute politique communiste. Cette organisation, « trotskyste » paraît-il, ne prône que le contrôle de la production par les travailleurs et pas la prise de pouvoir d’Etat par les travailleurs et la mainmise des travailleurs sur l’entreprise, sur les capitaux, sur toutes les richesses des capitalistes.

L’exemple de l’éditorial sur Lactalis en est un bon exemple : l’organisation LO y décline sous mille formes la nécessité du contrôle et n’a aucun mot pour dire qu’avec la propriété privé des moyens de production, on aura toujours des scandales Lactalis !

Quant au « contrôle ouvrier sur l’économie », Lénine et Trotsky ont mille fois expliqué que, tant que le prolétariat ne dispose pas du pouvoir d’Etat, aucun contrôle ouvrier réel sur la production et la distribution n’est possible et que c’est uniquement du bavardage réformiste… Le mot d’ordre du contrôle ouvrier ne peut que faire partie d’un programme qui prévoit la prise du pouvoir par les comités de travailleurs organisés en vue de diriger la société (du type « programme de transition »). Et surtout, il n’est pas question pour des communistes révolutionnaires de parler de contrôle sans mettre en avant l’auto-organisation des travailleurs par les conseils de salariés !!!

Arlette Laguiller déclarait en 2006 :

« Oh ! Il ne s’agit pas là d’une révolution : on n’en est pas à pouvoir leur arracher complètement leur pouvoir économique et à le remplacer par un autre système. Mais on peut limiter leur pouvoir, et d’abord en le contrôlant. Il faut imposer que la population ait un accès direct à tout ce que les Conseils d’administration envisagent pour l’avenir de leurs entreprises, ce qui concerne en premier lieu l’avenir de toute la société et de la population. Cela peut sembler utopique, c’est vrai ! Mais c’est nécessaire, indispensable, vital pour que nous tous puissions avoir une vie normale et décente. Et ce qui est vital n’est pas utopique car attendre qu’on nous écrase, sans réagir, est impossible. Il faut donc que tous puissent savoir d’où l’ensemble des patrons tirent leurs financements et ce qu’ils en font. Pourquoi ils n’investissent pas leurs profits dans la production de biens utiles à la population pour en faire baisser le coût, au lieu de spéculer dangereusement. Aujourd’hui, l’industrie des travaux publics se flatte de construire en un temps record des ponts gigantesques, comme le pont de Normandie ou le viaduc de Millau. Construire des logements n’est pas plus difficile. C’est l’argent qui manque ? Mais si on contrôle les profits des entreprises, si on contrôle d’où vient l’argent, par où il passe, quels sont les coûts réels de production, quels sont les profits et où ils vont, on pourrait empêcher qu’ils servent à racheter des entreprises existantes aux quatre coins du monde. Si l’on compare cela au coût du travail dans la valeur ajoutée, on pourrait vérifier s’il est vraiment impossible de créer des emplois nouveaux correctement payés et même, tellement les profits sont élevés, en diminuant les efforts ou le temps de travail de chacun. Les travailleurs font tant de choses pour la bourgeoisie que celle-ci peut en faire un peu pour les travailleurs ! On n’en est pas à tout leur prendre. Il s’agit seulement de les contrôler pour ne leur prendre que le superflu, voire le nuisible, qui permettra de sortir la société de l’ornière et de la misère qui nous menace... »

Texte de congrès de LO en octobre 2008 :

« Il faut viser à changer le rapport de forces entre les dirigeants de l’économie et les travailleurs. Il n’est pas question de révolution dans n’importe quelle situation. Mais, entre le pouvoir absolu des maîtres de l’économie et une révolution sociale, il y a des rapports de forces intermédiaires. Et l’une des premières étapes dans ce domaine est d’imposer le contrôle des travailleurs, de la population, sur les comptes, de toutes les grandes et moyennes entreprises… Mais, entre le pouvoir absolu des maîtres de l’économie et une révolution sociale, il y a des rapports de forces intermédiaires. Et l’une des premières étapes dans ce domaine est d’imposer le contrôle des travailleurs, de la population, sur les comptes, de toutes les grandes et moyennes entreprises… Il faut au moins contrôler ces puissances d’argent et éclairer ce qui se passe dans les Conseils d’administration, savoir qui détient l’argent, d’où il vient, où il va, par où il passe et quels sont les projets de ces gens-là. C’est cela qui, pour nous, est une partie essentielle d’un programme qui puisse, pour une période, changer les rapport de forces entre financiers et travailleurs. »

Rajoutons que LO n’a pas retiré de son programme public que la suppression de la propriété privée des moyens de production mais aussi la destruction de l’appareil d’Etat bourgeois et son remplacement par l’Etat des conseils ouvriers…

Lutte ouvrière n’est le seul groupe de l’extrême gauche à avoir « oublié » la suppression de la propriété privée des moyens de production (entreprises, banques, capitaux, etc.) :

L’extrême gauche française et le communisme

Quelques brèves remarques sur la politique de l’extrême gauche en France face à la crise

L’organisation d’extrême gauche Lutte Ouvrière et la centrale syndicale CGT

Ce que nous à la Voix des Travailleurs, nous appelons un point de vue communiste :

Karl Marx, dans « Gloses marginales au programme du Parti Ouvrier allemand » (1875) :

« Mais alors que signifie le « contrôle populaire et souverain (volksherrschaftliche Kontrolle) du peuple des travailleurs » ? Et cela, plus précisément pour un peuple de travailleurs qui, en sollicitant l’Etat de la sorte, manifeste sa pleine conscience qu’il n’est ni au pouvoir, ni mûr pour le pouvoir ! »

1er octobre 1917 : Publication de “Les bolcheviks garderont-ils le pouvoir ?” de Lénine :

« Quand nous disons : “contrôle ouvrier”, ce mot d’ordre étant toujours accompagné de celui de la dictature du prolétariat, le suivant toujours, nous expliquons par là de quel État il s’agit. »

« Le prolétaire, lui, ne peut se libérer qu’en supprimant la propriété privée elle-même. » dit Engels

« Ce qui caractérise le communisme, ce n’est pas l’abolition de la propriété en général, mais l’abolition de la propriété bourgeoise. » disent Marx et Engels

« Lancé sans aucune préparation sur un ordre bureaucratique, le mot d’ordre du contrôle ouvrier peut être non seulement un coup manqué, mais aussi compromettre encore plus le parti aux yeux de la masse et miner la confiance des ouvriers qui aujourd’hui votent pour lui. Avant de mettre en avant publiquement ce mot d’ordre de combat d’une importante responsabilité, il faut bien tâter la situation et préparer le terrain. » dit Trotsky qui explique que ce mot d’ordre est inséparable de la formation de conseils ouvriers remettant en question le pouvoir bourgeois

« « La loi de l’appropriation qui repose sur la production et la circulation des marchandises, ou loi de la propriété privée, se convertit par l’effet inévitable de sa propre dialectique interne en son contraire : l’échange d’équivalents ; celui-ci, qui apparaissait comme l’opération primitive, a tourné de telle sorte qu’on n’échange plus qu’en apparence, du fait que, premièrement, la portion du capital échangée contre de la force de travail n’est elle-même qu’une partie de l’appropriation sans équivalent du produit du travail d’autrui et que, deuxièmement, elle ne doit pas seulement être remplacée par son producteur, l’ouvrier, niais doit être remplacée avec un nouveau surplus... Primitivement, la propriété nous apparaissait fondée sur le travail personnel ... La propriété apparaît maintenant du côté du capitaliste comme le droit de s’approprier le travail d’autrui sans le payer, du côté de l’ouvrier comme l’impossibilité de s’approprier son propre produit. La séparation entre la propriété et le travail devient la conséquence nécessaire d’une loi qui, apparemment, partait de leur identité. » dit Karl Marx dans Le Capital

« La gestion des chemins de fer et des champs de pétrole sous le contrôle des organisations ouvrières n’a rien de commun avec le contrôle ouvrier sur l’industrie, car, en fin de compte, la gestion est entre les mains de la bureaucratie ouvrière, qui est, qui est bien indépendante des travailleurs, mais en retour complètement sous la dépendance de l’État bourgeois. Cette mesure de la part de la classe dirigeante vise à discipliner la classe ouvrière, et à la faire travailler davantage au service des "intérêts communs" de l’État, qui semblent se confondre avec les intérêts de la classe ouvrière elle-même. En réalité, toute la tâche de’ la bourgeoisie consiste à liquider les syndicats, en tant qu’organes de lutte des classes, et à les remplacer par la bureaucratie syndicale comme organe de direction de l’État bourgeois sur les ouvriers. » disait Trotsky

Pour Marx et Engels, qu’est-ce que le communisme ?

Faut-il changer la répartition des richesses ou changer d’abord le mode de production de celles-ci ?

Abolir la propriété privée des moyens de production et des capitaux ou la laisser détruire l’humanité, il faut choisir !

Abolir la propriété privée des moyens de production, ce n’est pas collectiviser la propriété individuelle des biens d’usage !!!

Que devient l’économie immédiatement après la prise du pouvoir par les collectivités de travailleurs ? L’expérience de la révolution prolétarienne en Espagne

Notre éditorial sur l’affaire Lactalis

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