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Les services publics, c’est collector ?

lundi 6 août 2018, par Robert Paris


LA VOIX DES TRAVAILLEURS

« Travailleurs de tous les pays unissez-vous »

Karl Marx


édito

Les services publics, c’est collector ?

La nouvelle panne de la gare Montparnasse, en pleins départs en vacances, n’a rien d’un hasard malheureux, rien d’un incendie accidentel, non pas que ce soit l’œuvre d’un incendiaire mais parce que c’est le produit de la politique de casse des services publics. En effet, c’est la casse d’EDF qui est cette fois en cause, la société RTE dont la centrale d’électricité a brûlé est l’un des morceaux issus de la casse de l’ancien service public d’électricité de France, l’EDF. La direction de la SNCF s’est d’ailleurs empressée de souligner que RTE était en faute, puisque son entretien de la centrale était défaillant et que la société ne prévoyait rien en cas de pépin : pas de centrale de remplacement, ce qui fait que les réparations et la remise en service normal pouvait durer très longtemps. Elle a pu trouver d’autres centrales et remettre en route, mais cela n’efface pas l’information : RTE se moque des utilisateurs publics. Mais la SNCF omet sciemment d’expliquer qu’elle a choisi RTE pour payer le moins cher possible son électricité et que, une fois encore, les économies à courte vue nous coûtent cher ! D’ailleurs, RTE ne s’est pas fait faute de souligner que la SNCF savait ce qu’il en était et que c’est un choix du client.

C’est sans doute au moins pendant toutes les vacances que les transports par rail seront perturbés en direction de tout l’ouest et probablement même bien au-delà… Bien entendu, la SNCF se garde de dire que ses contrats dans toutes les autres grandes gares, qui sont tous aussi avec RTE, ne comportent pas davantage de garanties et que RTE n’a pas non plus de centrale d’électricité de remplacement en cas d’accident, ni mis en place un entretien suffisant des installations, dont elle a hérité gratuitement de l’EDF !!! RTE était d’abord une filiale d’EDF puis s’est autonomisée et annonce maintenant des bénéfices importants, et on voit comment elle les réalise sur le dos des clients et notamment du service public.

Ce n’est pas seulement la gare de Montparnasse qui n’a plus été alimenté correctement en électricité : l’atelier de Chatillon l’est aussi, ce qui met en cause la réparation des TGV ! Il n’est donc pas possible d’assurer des transports par TGV en sécurité !!! Mais, plus le temps va passer, plus la direction de la SNCF estimera sans doute que c’est trop coûteux d’arrêter une partie du trafic ferroviaire et une fois de plus c’est la sécurité qui en pâtira…

Bien entendu, le fait que la SNCF soit en pleine opération de privatisation, de casse de l’ancien statut du service et des agents, aggrave considérablement tous les risques de dysfonctionnements et, dans le cas de la gare Montparnasse, rend la remise en route plus lourde, vu notamment la politique de suppression systématique d’emplois de cheminots.

Et ce n’est que l’un des exemples des dysfonctionnements qui se multiplient dans les anciens services publics en voie de privatisation. Car ce n’est pas seulement le rail et l’électricité qui sont en voie de passer au privé, et pour cela qui cherchent à rogner sur toutes les dépenses, à se rendre le plus rentables possibles, accumulant du capital sur le dos du service public, et ne craignant nullement la dégradation puisqu’elle ne peut que discréditer l’ancien service public, ce qui favorise la popularité sa privatisation.

On n’avait pas attendu Macron pour que l’Etat bourgeois décide d’en finir avec tous les services publics, refuse de les financer comme auparavant, supprime massivement les emplois de fonctionnaires, précarisent tous les emplois, privatise ou prépare la privatisation en mettant en place des filiales, des découpages des sociétés, laisse se dégrader le service public, économise sur le dos du public et même fasse campagne publique contre les fonctionnaires et le service public. Les gouvernants, notamment Sarkozy et Hollande, se sont chargés de la propagande selon laquelle le service public coûte trop cher au… public, au même moment où l’Etat mobilise tout l’argent public au service du privé, pour aider les trusts et les banques. Economiser l’argent des contribuables est un prétexte pour livrer les services publics au privé et ainsi augmenter la part des capitaux qui s’investissent, les gouvernants français comme ceux du monde entier étant confrontés à une chute massive des investissements productifs privés et à un afflux encore plus massif des investissements spéculatifs, misant sur les secteurs endettés, publics comme privés. Capter une part des capitaux flottants et qui jouent un rôle nécrophile pour le capitalisme est une manière de retarder la chute générale, qui a menacé de devenir brutale en 2007-2008.

Si les gouvernants se mobilisent autant en faveur la privatisation, ce n’est pas, contrairement à leurs discours, pour améliorer le service, tous les pays qui ont réalisé des privatisations, par exemple du rail, étant des contre-exemples marquants, en ce qui concerne le fonctionnement, la sécurité et le coût. La privatisation des services de cars et de bus par Macron en est déjà un exemple. Bien que récente, elle a aggravé les conditions de transports, les coûts et la sécurité des passagers et n’a nullement démontré une plus grande rentabilité pour les finances publiques.

Bien entendu, le libéralisme affiché d’un Macron signifie une nouvelle accélération dans l’opération de privatisation tous azimuts, mais les gouvernants précédents avaient tous préparé une telle attaque et les bureaucraties syndicales, en divisant, en discréditant et en anesthésiant les luttes, l’avaient également facilitée. Et ce sont tous les services publics qui pâtissent cruellement du manque de moyens humains et financiers, sont contraints de réduire les efforts d’entretien, de supprimer les emplois, de ne pas remplacer les retraités et les malades, y compris l’hôpital public, les EPHAD, les routes, les services municipaux et départementaux, les transports, l’enseignement, la recherche. Les aéroports et Engie sont privatisés notamment. L’hôpital public est également l’objet d’une opération qui mêle public et privé et impose au public d’être géré comme un service rentable tout en étant de plus en plus démuni en personnels et en moyens. La recherche publique est elle aussi réduite à la portion congrue.

Les dégradations, les dangers, les accidents, les dysfonctionnements se multiplient dans tous les secteurs du service public, voué désormais à donner tout son argent pour rendre prospère le privé, y compris dans le domaine de la santé, de la recherche, de l’enseignement, des personnes âgées. On voit cette dégradation aussi bien à celle du réseau ferré que du métro parisien (comme on vient de le voir avec une panne de la ligne un bloquant pendant deux heures les passagers) que des routes (avec notamment des trous qui se multiplient), des urgences hospitalières, des EPHAD, etc. Les conditions de travail des personnels deviennent elles aussi catastrophiques, avec augmentation de la charge de travail, du stress, des pressions et… des suicides !

Une telle opération massive contre tout le service public se déroule sans une seule réaction syndicale d’ensemble. Pas de lutte commune des aéroports ou de Engie avec d’autres secteurs. Même pas de réaction d’ensemble des transports, la SNCF luttant seule, la RATP seule, les cars seuls, etc. Pas de lutte d’ensemble à La Poste. Pas d’action commune des hôpitaux et des EPHAD, etc, etc… La division est la méthode de toutes les bureaucraties syndicales et, malgré leurs désaccords parfois, aucune centrale syndicale n’appelle à une action d’ensemble face à cette attaque globale qu’elles reconnaissent toutes !!! La dernière grève de la SNCF est un exemple de cette stratégie puisque ce qui n’était absolument pas prévu dans cette grève, c’est justement toute tentative sérieuse d’extension de la lutte, par exemple en la liant à celle de l’hôpital public, aux aéroports ou à Engie, les uns et les autres concernés par les mêmes projets destructeurs.

A aucun moment, les centrales syndicales n’ont même émis le souhait de réunir les personnels de l’ensemble du service public, là où travaillent des fonctionnaires, pour leur proposer de réagir tous ensemble, de décider de leurs formes d’action et de leurs revendications alors que cela fait un moment que la bourgeoisie a émis le souhait de s’attaquer globalement aux fonctionnaires et au service public.

Bien des travailleurs ont été victimes de la propagande d’Etat contre le service public et tout a été fait, depuis des années, pour séparer les deux secteurs de la classe ouvrière. L’essentiel du secteur public n’était pas appelé à la lutte dans la « grève générale » de 1936. Le secteur privé n’était pas appelé à la lutte en 1953. En 1995, le secteur privé était en grève plusieurs mois avant la grande grève des cheminots qui s’est étendue au secteur public. Les liens n’ayant pas été construits entre les deux fractions de la classe ouvrière, il a été plus facile aux classes possédantes et aux gouvernants à leur service de monter les uns contre les autres et d’affirmer que ce sont les privilèges des fonctionnaires qui plombent les services publics, les réactions des appareils syndicaux face à de tels mensonges étant plus que faibles et geignards.

Les syndicats qui se sont dits opposés à la privatisation ont pactisé avec ceux qui ne s’y disent pas défavorables, ce qui en dit long. Il est également remarquable que la CGT, centrale qui s’est longtemps présentée comme très attachée au service public du Rail, soit celle qui a eu comme secrétaire général Lepaon, l’homme qui a produit le rapport d’Etat en faveur de cette privatisation !!! Les autres centrales syndicales étaient très loin de le lui reprocher et pas davantage les partis de gauche et l’extrême gauche officielle !!! Ces derniers n’ont pas davantage reproché aux bureaucraties syndicales leur fausse grève des cheminots, avec seulement des journées d’action à répétition et aucune véritable organisation des travailleurs à la base. Relevons notamment qu’aucune gare n’a élu des délégués en assemblée générale et qu’aucune groupe de gauche de la gauche ou d’extrême gauche officielle ne l’a proposé !!!

Toutes ces organisations, loin de défendre l’idée que la défense du service public ne signifie pas la caution de l’Etat bourgeois national, s’en font les grands défenseurs. Pour elles, l’Etat bourgeois n’est pas un ennemi de la classe ouvrière mais, au contraire, un outil au service de la population laborieuse !!!

Pour notre part, si nous défendons le service public, c’est en combattant l’idée de l’étatisme, celle du nationalisme, celle du bureaucratisme bourgeois. Le service public que nous défendons n’est pas le retour à l’ancien mode étatiste, mais le contrôle des travailleurs et des milieux populaires, organisés pour défendre que ces services soient réellement au service du public. Et cela suppose que les dettes anciennes ne soient pas dues par le public, que les patients de l’hôpital public ne paient pas, par exemple, les dettes de celui-ci pas plus qu’ils ne paient les dettes de l’ancienne SNCF, dettes réalisées pour enrichir les trusts et les banques.

Nous ne sommes pas seulement pour le combat en faveur de défense des services publics mais pour que cette revendication soit un des éléments de la lutte pour la prise de pouvoir des travailleurs sur tout le fonctionnement de la société, secteur public comme secteur privé. C’est seulement dans ce sens que c’est une revendication de classe et sinon, c’est au contraire une tromperie de la collaboration de classe. Ce n’est donc pas un détail et le piège est d’importance ! Il souligne toute la différence entre la revendication des syndicats, celle défendue par exemple récemment par les syndicats de cheminots, et le programme de transition vers le pouvoir ouvrier que nous défendons et qui nécessite, pour avoir un sens, le combat pour la mise en place de comités de travailleurs, élus et révocables, fédérés nationalement, et visant la prise de pouvoir sur toute la société, notamment en supprimant l’Etat bourgeois, remplacé par l’Etat des comités de travailleurs.

Il n’existe pas de lutte des travailleurs qui puissent évacuer cette question déterminante : Etat ouvrier ou Etat bourgeois, et il est clair que tous les réformistes et opportunistes, eux, plaident pour une amélioration, mais au sein de l’Etat bourgeois ! C’est ce que nous combattons !!! Il n’y a aucune réforme positive de la gestion de l’Etat bourgeois, celui-ci doit être détruit par les travailleurs, et sinon, c’est lui qui nous détruira !!!!

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