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Les luttes des travailleurs vont-elles toujours être battues et pourquoi ?

lundi 10 septembre 2018, par Robert Paris

édito

Jusqu’à quand toutes nos luttes seront défaites ? Jusqu’à la révolution sociale !

Luttes des cheminots, luttes des pilotes d’avion, luttes des enseignants, luttes des postiers, luttes des sidérurgistes, luttes des métallurgistes, luttes des employés de banque, luttes des infirmières, journées d’actions syndicales nationales de toutes sortes notamment contre des plans d’austérité, des USA à l’Europe, de la Chine et l’Inde à l’Afrique et l’Iran, de l’Irak aux pays de l’Est, le monde résonne des luttes des travailleurs partout dans le monde, mais il est surtout marqué par des défaites successives et systématiques, tout aussi générales et autant de trahisons des directions syndicales qui signent des compromis inadmissibles, s’opposent à la généralisation des luttes, dressent une barrière contre l’auto-organisation des travailleurs et contre l’intervention du prolétariat sur le terrain politique.

Pourquoi toutes ces luttes sont défaites, même quand ces luttes sont massives et populaires ? Parce que les centrales syndicales qui les dirigent sont plus réformistes que jamais, alors que les classes dirigeantes, depuis l’effondrement historique de l’économie capitaliste mondiale en 2007-2008, sont plus persuadées que jamais qu’elles doivent à tout prix faire subir des défaites démoralisantes aux travailleurs afin de préparer la contre-révolution. Les prétendues explications selon lesquelles tel ou tel président aurait tel caractère, serait plus agressif, plus dictatorial, plus ami des possédants que jamais n’expliquent rien au fait que ces présidents parviennent aisément à battre les luttes ouvrières alors qu’en d’autres temps ils auraient au moins partiellement reculé devant des affrontements avec les travailleurs, ou du moins avec les syndicats.

L’explication selon laquelle les gouvernants méprisent davantage les syndicats ou veulent en diminuer l’importance et la force ne nous dit pas grand-chose non plus si on ne nous dit pas pourquoi elles le désirent : quels sont les calculs des classes possédantes et pourquoi ces calculs auraient-ils changé justement en même temps que se produisait la chute mondiale de l’économie en 2007. C’est en effet dans ces années que les classes possédantes ont décidé d’en découdre avec les travailleurs, de ne plus pactiser avec les syndicats ou, plus exactement, de leur imposer des reculs sociaux massifs, avec comme but évident de discréditer non seulement les syndicats aux yeux des travailleurs mais la classe laborieuse à ses propres yeux et à ceux de la classe moyenne.

En effet, jamais les classes possédantes n’ont autant fait d’efforts pour présenter la classe laborieuse comme une classe de profiteurs, de fainéants, de bénéficiaires d’aides d’Etat, de responsables de la chute de l’économie et des trous dans les caisses de l’Etat. Jamais les gouvernants n’ont fait autant d’efforts pour que les pires calomnies sur telle ou telle catégorie de travailleurs emplissent les télés et les radios, les discours des gouvernants et des politiciens comme des médias.

Quand on agit ainsi pour discréditer l’adversaire, c’est que l’on prépare une guerre et en l’occurrence il s’agit de la guerre sociale, celle de la classe possédante, propriétaire des entreprises et des capitaux, ainsi que de tous les pouvoirs de l’Etat pour les défendre, contre la classe laborieuse, qui ne possède aucune de ces richesses et aucune des places dans le pouvoir d’Etat.

C’est ce qui se produit dans les campagnes publiques contre les fonctionnaires, contre les cheminots, contre les postiers, contre les chercheurs, contre les enseignants, contre les sans papiers, contre les ouvriers. On affirme dans celles-ci que ce sont les « entrepreneurs », terme choisi pour ne pas parler de capitalistes ou de profiteurs, qui doivent payer pour tous les avantages qu’auraient paraît-il les travailleurs. On y affirme que les travailleurs s’arrêtent sans cesse en maladie, se mettent sans cesse en congés, bénéficient sans cesse d’avantages d’Etat, s’inscrivent volontairement au chômage pour ne pas chercher du travail, ponctionnent les finances publiques et on en passe des accusations violentes et mensongères. On y affirme que les agents des services publics mettent sciemment celui-ci en panne, le bloquent pour refuser toute réforme, s’accrochent à des avantages sociaux d’un autre temps et plombent ainsi tout le fonctionnement des transports, des postes, des communications, de l’énergie, de l’enseignement, de la recherche et de la santé !!!

C’est au point que certains travailleurs eux-mêmes sont persuadés que leur classe profite exagérément, refuse des réformes positives, s’accroche à des privilèges d’un autre temps !!! Bien sûr, ce n’est pas les travailleurs les plus conscients qui raisonnent ainsi, désignent du doigt les petits fonctionnaires ou les ouvriers, alors qu’ils sont eux-mêmes fonctionnaires ou ouvriers.

L’idée que tous les travailleurs, quelle que soit leur profession, leur type d’activité, du secteur public ou privé, avec ou sans contrat CDI, nationaux ou pas, appartiennent tous à une seule classe, le prolétariat, est certes peu diffusée, peu défendue, pour ne pas dire pas du tout. L’idée que le prolétariat dispose de perspectives d’avenir hors du capitalisme est pour le moment complètement abandonnée de l’essentiel des travailleurs ou bien ils n’osent plus trop la défendre pour la plupart. Au maximum, trouve-t-on des travailleurs qui évoquent la nécessité d’imposer des gouvernants plus proches des intérêts des travailleurs et moins à la botte des classes possédantes, mais c’est timidement qu’ils souhaitent seulement une bonne élection qui leur donnerait un bon président ou un bon parlement. Quant au système qui domine le monde, tout en étant moins que jamais solide dans son pouvoir sur l’économie, ils n’osent même pas imaginer que ce système doive un jour être remplacé par une société dirigée par le prolétariat. Une telle idée leur semble avoir été définitivement balayée par la révélation des horreurs du stalinisme et par son effondrement.

Pourtant, les faits sont loin de leur donner raison. Le seul pays capitaliste qui soit encore un peu dynamique sur le plan industriel est… la Chine, pourtant toujours aux mains du parti stalinien et maintenant toujours le plus grand goulag du monde, appelé le Laogaï !!! Certes, le stalinisme s’est effondré en Russie et dans les pays de l’Est, mais les régimes qui lui ont succédé, loin de représenter des progrès économiques et sociaux, ou même des progrès réellement démocratiques, sont dictatoriaux, corrompus, détestés des populations qui se révoltent sans cesse contre eux. Et surtout la chute du mur de Berlin a été suivie rapidement par la chute du mur de Wall Street, par 2007 ! Et rien dans ce qui a suivi n’a permis de faire croire que le capitalisme s’était relevé de ce coup porté à sa crédibilité. Rien n’a montré que le capitalisme soit reparti de plus belle de l’avant.

Si dans tous les pays, les contre-réformes se succèdent, si la santé régresse partout, si l’éducation régresse partout, si la recherche régresse partout, si la démocratie régresse partout, si la paix régresse partout, c’est que le capitalisme est bel et bien fondamentalement malade et incapable de soigner sa maladie.

Bien sûr, la plupart des travailleurs estiment que si tout régresse dans la société, c’est que les luttes sociales, les luttes démocratiques, les luttes prolétariennes régressent elles aussi. Mais ils commettent une erreur en pensant que c’est parce que les capitalistes seraient de plus en plus forts, leur régime mondial de plus en plus solide, son fonctionnement moins contesté que jamais. En fait, il l’est plus que jamais par ses propres contradictions. Mais les appareils syndicaux ne nous appellent pas à nous saisir de ces faiblesses parce qu’eux-mêmes sont attachés, bien qu’ils le cachent, au monde capitaliste, à l’Etat capitaliste, à la prétendue démocratie capitaliste, qui leur donnent tous une place, une reconnaissance, un rôle, une importance, et souhaitent sauver le capitalisme pour sauver aussi leur propre importance en son sein. Même face aux gouvernants les plus méprisants, les syndicats s’accrochent à leur réformisme, à leur désir de tout négocier, à leur volonté de ne pas déborder l’ordre bourgeois et à ne pas trop gêner les gouvernants qui, eux, affichent leur mépris et leur agressivité.

Les actions syndicales sont bien loin de suivre même la violence des attaques de la bourgeoisie et de ses gouvernants. Les appareils syndicaux restent raisonnables, continuent de défendre les mêmes balivernes sur l’intérêt commun des patrons et des salariés, intérêt de l’entreprise, intérêt du pays, intérêt du secteur d’activité, intérêt de la profession, etc. Mais cela n’a aucun effet bénéfique pour faire reculer les patrons et les gouvernants.

Ces derniers sont bien décidés à aller jusqu’au bout des mesures anti-ouvrières et antisociales qu’ils ont programmé et continueront de programmer quand celles-ci seront réalisées. En effet, il n’y a pas de fin aux mesures contraires aux intérêts des travailleurs : chacune d’elles ne fait que précéder les suivantes. Les sacrifices imposés aux classes laborieuses ne font qu’ouvrir la porte aux sacrifices suivants. Car il n’y a pas de sommes d’argent récupérées sur la classe ouvrière qui puisse sortir le système du gouffre où il est plongé.

La chute du capitalisme de 2007 n’est pas le produit d’un manque de profits, d’un manque de capital, d’un manque de rentabilité du travail, d’un manque d’acheteurs, d’un manque de ventes, d’un manque quelconque mais d’un trop plein, d’un niveau trop élevé atteint par le grand capital, d’un trop grand succès du système par rapport à ce que lui-même est capable d’absorber. En somme, c’est à une crise de suraccumulation du capital que nous assistons depuis 2007 et rien ne peut l’arrêter car le capital ne peut pas diminuer, le profit ne peut pas s’arrêter et il faut que l’on nourrisse le monstre. Aucun capital ne peut exister sans recevoir sans cesse sa rémunération, quel que soit son type d’investissement. Dans la société actuelle, il n’y a pas trop de marchandises, pas trop de salariés, pas trop d’entreprises : non, il y a trop de capital !!! Trop par rapport à la capacité de la société capitaliste à leur offrir des investissements rentables !

Pourquoi y a-t-il trop de capital ? On comprend qu’il puisse y avoir trop de marchandises par rapport aux acheteurs, trop de travailleurs par rapport aux emplois, mais par rapport à quoi peut-il y avoir trop de capitaux dans le monde ? Eh bien, par rapport aux investissements productifs qui sont suffisamment rentables par rapport à la rentabilité des investissements non productifs, notamment ceux de toutes les sortes de spéculation.

Vous me direz, nous voilà loin des calculs des appareils syndicaux et des raisons de l’échec des luttes ouvrières. Eh bien justement, non ! Nous sommes en plein dans le sujet… Car ce que cette situation change de fondamental pour le capitalisme et pour ses adversaires prolétaires, c’est que la lutte de classe ne peut plus garder le même caractère dans une telle situation instable pour les classes dirigeantes. Elle ne peut plus en rester au niveau réformiste, un stade que les appareils syndicaux sont incapables de dépasser, même si c’est inévitable, indispensable et même vital !

On a vu que, dès la chute économique de 2007-2008, des peuples entiers ont commencé à contester les classes possédantes, que ce soit dans le monde arabe avec les « printemps », en Afrique, en Orient, en Asie, en Amérique du sud ou dans les pays de l’Est. Depuis les « printemps arabes », on a bien vu que la déstabilisation n’avait rien de particulièrement arabe, qu’elle pouvait toucher aussi bien le Brésil que les pays de l’Est, l’Afrique que l’Amérique du sud. Des régimes sont tombés, des gouvernants ont chuté, des masses de travailleurs et de milieux populaires sont descendus dans les rues du monde entier, y compris en Europe. Mais la situation ne s’en est pas améliorée pour autant. Parce qu’il ne s’agit plus d’imposer ou pas une réforme, d’imposer ou pas une revendication des salariés. Non, il s’agit maintenant bel et bien du pouvoir de la classe possédante sur le monde et c’est cela qui est en jeu, même si bien des travailleurs n’en ont pas conscience, anesthésiés qu’ils sont momentanément par les discours réformistes des appareils syndicaux et des partis de gauche, de gauche de la gauche et des associations du type Syriza, Podemos ou Insoumis, sans parler de l’extrême gauche opportuniste vis-à-vis des précédents.

Si le monde capitaliste a réussi à rester au bord du gouffre depuis 2008, le monde prolétarien y est resté lui aussi, indécis devant le problème que cela lui pose. Du coup, personne ne peut dire si le capitalisme agonisant pourrait entraîner l’humanité dans ses horreurs destructrices et autodestructrices ou si le prolétariat saura prendre son élan pour franchir d’un bond l’abîme ouvert devant lui. Nous, pas plus que personne, n’avons de préscience l’avenir et il ne dépend pas des minorités révolutionnaires d’en décider. Ce qui en dépend, et dépend aussi des travailleurs les plus décidés et conscients, c’est d’offrir des possibilités d’auto-organisation aux luttes ouvrières et des analyses de la situation permettant aux travailleurs d’agir consciemment pour y faire face. C’est à cela que nous appelons ceux qui veulent comprendre le monde actuel pour le transformer. Ne nous laissons pas intoxiquer par le pessimisme que voudrait nous inculquer la classe possédante et ses défenseurs ni par les fausses solutions de ceux qui prétendent avoir des capacités à sauver à la fois le système d’exploitation et ses victimes. N’en déplaise à ces gens-là, le capitalisme ne vit qu’en s’accrochant au passé et l’avenir est aux travailleurs pour peu qu’ils ne suivent pas les faux bergers vers… les abattoirs !

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