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Révolte au Kirghzistan

samedi 10 avril 2010

Le peuple s’est révolté et a renversé pour la deuxième fois la dictature et, pour la deuxième fois, des opposants politiques ont pris le pouvoir sans toucher à l’appareil dirigeant de l’Etat, chefs militaires et économiques du pays. Il n’y a aucune raison dans ces conditions que la révolte, aussi violente et apparemment radicale soit-elle, mène à un véritable changement des conditions de misère que subit la population...

Pour véritablement changer le cours de l’histoire, les opprimés doivent absolument s’organiser en comités et remplacer le pouvoir d’Etat par le pouvoir des comités.

Il ne faut donc pas suivre les fameuses "oppositions démocratiques" qui visent à sauver le pouvoir d’Etat, préserver l’armée et l’exploitation.

Le président Bakiev, qui a fui la capitale, est arrivé par avion à Och dans sa résidence secondaire. Là, des négociations se seraient engagées avec l’opposition pour la remise du pouvoir en échange d’une amnistie éventuelle. Présent à Bichkek, David Gauzère, géographe et spécialiste du Kirghizstan, nous raconte la journée d’émeutes et la chute du régime Bakiev installé depuis 2005 et la « révolution des tulipes ».

Mercredi 13 h 00. Une foule, calme, était massée sur la Place Ala-Too, près du palais présidentiel de Bichkek. Entourée d’un cordon de policiers anti-émeutes coiffés de casques blancs, la foule arborait nonchalamment quelques banderoles et scandait quelques slogans contre la vie chère et l’augmentation récente du prix de l’énergie.

Un quart d’heure plus tard, sans motif apparent, la police commence à tirer des balles à blanc, puis très vite réelles sur une foule en colère, mais pacifique et soucieuse d’éviter tout débordement. Des gens commencent ci et là à tomber. Je m’éclipse alors rapidement de la place dans le sillage d’une foule paniquée.

Quelques rues plus loin, le calme régnait encore et les jeunes gens plaisantaient, pensant que les coups de feu restaient encore limités à la place centrale. Or, très vite, d’autres rafales d’armes automatiques se font entendre de différents endroits. Les casernes partout en ville se soulèvent et les affrontements opposent soldats révoltés et loyalistes.

L’après-midi se poursuit ainsi. Pas de scènes de pillages ou d’émeutes entre gens du peuple. La maitrise de soi de chacun semble l’emporter par rapport à la Révolution de 2005. Comme eux, je rentre chez moi. Mais, régulièrement des coups de feu, ponctues de jets de grenades assourdissantes viennent nous rappeler qu’aujourd’hui n’est pas un jour comme un autre à Bichkek.

Depuis quelques mois, la tension se faisait plus palpable en Kirghizie. La multiplication par deux du prix de l’électricité et par trois du prix de l’énergie décidée en Mars dernier par le Président K. Bakiev a servi de détonateur à un peuple écrasé d’injustices bien plus profondes.

K. Bakiev, parvenu au pouvoir à la suite de la Révolution des Tulipes de 2005, avait ces derniers temps donne des allures despotiques et familiales à son régime. Les dernières élections présidentielles du 23 Juillet dernier avaient déjà largement été entachées de fraudes et dénoncées par l’opposition, l’OSCE et les chancelleries occidentales.

Depuis, son pouvoir s’était resserre sur sa base tribale, la tribu bassyz de l’aile gauche, issue de la région de Souzak, près de Djalal Abad, dans le sud du pays. Son fils, Maksim, nomme par son père à la tète de l’agence centrale pour le développement, les investissements et l’innovation, avait profite de son nouveau poste pour largement s’enrichir sur les détournements de fonds publics et développer des liens sulfureux avec les milieux véreux de la finance, parmi lesquels les mafias russe et napolitaine.

Le 24 Mars dernier, jour d’anniversaire de la Révolution des Tulipes, K. Bakiev publiait un ouvrage sur sa version des évènements de 2005. Trois jours auparavant, il réunissait un "kurultai", assemblée de notables, tries sur le volet, dans lequel il prônait la concorde nationale rudoyant l’opposition sur le mode du père réprimandant son enfant après une bêtise. L’opposition, toutes tendances confondues, avait elle aussi réalisé auparavant son propre "kurultai", mais en banlieue, loin des cameras et en présence de nombreux agents du pouvoir infiltres.

Au cours de ce "kurultai", l’opposition avait nomme un comité directeur de 15 personnes. Mais, qu’il était difficile pour elle de promouvoir ses idées ! Cet ilot de démocratie qu’était la Kirghizie dans les premières années de son indépendance a bien changé depuis : presse censurée, journalistes et opposants arrêtés, bastonnés ou exécutés, parfois sur ordres de proches de la présidence, opposition intimidée, dont les leaders eux-mêmes, harcelés par les tracasseries administratives ou judiciaires, avaient du mal à se faire entendre auprès du peuple : Le Général Isakov, dégrade et emprisonne depuis plusieurs mois déjà, le chef du parti Ak-Choumkar, Sariev, le chef du parti social-démocrate, Atambaev et le chef du parti socialiste Ata-Meken, Tekebaev, arrêtés avec d’autres depuis hier.

Aussi, depuis quelques mois, une colère sourde grondait sous le calme apparent des rues de Bichkek. Tout le monde ne parlait en catimini que de cela, du changement prévisible du pouvoir, dans les rues ou sur les forums électroniques mondiaux, ou sur Facebook notamment l’opposition avait déjà acquis une longueur d’avance. Mais, la même question restait toujours sur les lèvres de chacun.

Quand ? Les évènements s’accélèrent depuis cet après-midi. Le Président a fui en avion, ce soir à 20 h. On ne sait ou. De toute manière, il n’est pas visible et ne répond pas. Sa maison personnelle à Bichkek a été pillée et incendiée. Daniar Ousenov, le Premier-Ministre, assure aujourd’hui le pouvoir depuis la Maison Blanche, de plus en plus comme un "desperado".

Après les premiers tirs dans les casernes du début de cet après-midi, la foule essentiellement masculine, reste compacte et se renforce autour des principaux bâtiments officiels, ne craignant ni la forte pluie de ce jour, ni les balles sifflantes. Les chaines de télévision diffusaient encore des programmes dénigrant l’opposition à 14 h. A 15 h, les programmes sont partout interrompus. Puis, à 16 h, l’opposition prend la parole sur les écrans par des débats populaires animes ou des images des évènements présentées en boucle sans commentaires.

Ces mêmes images montrent à partir de 17 h des opposants paradant sur des chars dans les rues "pris" à l’armée, en même temps que leurs dirigeants, fraichement libérés, rejoignent la foule portes à bout de bras. A 18 h, le Parlement est investi par les opposants. Mais, les coups de feu continuent, de plus en plus sporadiquement et concentres autour de la Maison Blanche, ou se retranche un Premier-Ministre jusqu’au boutiste refusant de voir le changement du cours des évènements et appelant chacun à la lute contre les "bandits ivrognes". Vers 19 h, l’opposition prend officiellement le pouvoir.

Le comité directeur, forme lors du "kurultai" du 17 Mars dernier, déclare assurer la gouvernance du pays et appelle a des négociations avec le parti présidentiel jusque-la au pouvoir a la Maison Blanche. La foule maintient toujours la pression autour du bâtiment ou des snipers fidèles au Premier-Ministre tirent toujours depuis les toits. C’est ici que les victimes sont les plus nombreuses.

On cite tantôt le chiffre de 47 victimes, tantôt 100 et plus. Il est encore trop tôt pour le dire. La nuit approchant, l’opposition nomme alors en toute urgence des comités de vigilance qu’elle place autour des supermarchés de la ville afin d’éviter le renouvellement des pillages de 2005, jusque-la absents aujourd’hui. Enfin, les évènements de Bichkek résultent d’une agitation née en province. Pour les mêmes causes, plus graves en province, des troubles avaient éclaté a Naryn et dans la Vallée de l’Alai en Mars dernier et depuis hier, l’opposition s’emparait progressivement du pouvoir provincial : Talas hier, Naryn, ce matin et le reste du pays, dont la capitale cet après-midi, dans un cadre de violents affrontement similaires à ceux de Bichkek.

Ce soir, la situation est redevenue calme a Bichkek, a l’exception de la Maison Blanche ou se livrent toujours les derniers combats. Pas question de se rendre pour le Premier-Ministre, car il sait qu’il encourt certainement le même sort que son Ministre de l’Intérieur, lynche hier par la foule a Talas.

L’opposition, prise au dépourvu par des évènements plus rapides qu’elle avait espéré, n’a pas encore défini de "leader" et de programme a tenir d’ici l’échéance de nouvelles élections présidentielles prochainement organisées. Rassembles avec divers autres partis au sein du Mouvement Populaire Uni, les partis social-démocrate et socialiste semblent cependant être en position de force pour prendre les rênes du pays. 02 h du matin, la Maison Blanche est tombée dans les mains de l’opposition. Roza Otounabeva, ancienne Ministre des Affaires Etrangeres et ex-Ambassadrice de la Kirghizie au Royaume-Uni, est chargee de former le nouveau gouvernement provisoire.

David Gauzère

1 Message

  • Révolte au Kirghzistan 3 février 2011 15:58, par Ramiro

    Ces clans bourgeois tantot dans l’opposition tantôt au pouvoir ont réussit non seulement à récupérer les révoltes sociales mais aussi à diviser le peuple Kirghiz de manière régionale entre le nord et le sud mais également éthnique avec la minorité Ouzbek. Et les deux fois lors des soulèvements sociaux en 2005 et 2010 les classes dirigeantes ont réussit à dévier partiellement vers cette impasse fascisante.

    La situation est trés fragile soit le prolétariat attaque directement la bourgeoisie la renverse et prend le pouvoir soit la classe dirigeante va le conduire vers la guerre civile et ou ethnique et l’emmené vers un stade de non retour.

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